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L’ESSENCE DU TRAGIQUE: L’IRREPARABLE

5 octobre, 2018 (15:29) | Publication

L’ESSENCE DU TRAGIQUE: « L’IRRÉPARABLE »

Une très fausse analyse de l’art d’Aznavour par une matinée d’éloge funèbre…

« […] combien est étrange et complexe l’idée de de représenter l’angoisse privée sur une scène publique. Cette idée et la vision de l’homme qu’elle implique sont grecques. »

George STEINER
La mort de la tragédie
P.11

Chers Lecteurs,

Vous avez entendu « la lecture» d’un « discours » à propos de l’art d’Aznavour et de sa personne. Deux erreurs se sont dessinées tout au long de l’éloge funèbre.
Première erreur d’analyse sur son œuvre, nous avons entendu « dire » que son œuvre avait la vertu d’adoucir, d’être un baume pour le public (!) ensuite la deuxième erreur est arrivée, on l’a comparé avec les vagues d’immigrés, comme si l’exception Aznavour avait la capacité de se reproduire à l’infini, détruisant du fond du discours, l’essence de la spécificité absolue de ce que veut dire être artiste.
La description donnée est l’antithèse de ce qu’est un véritable artiste, certainement pas les hordes qui nous assomment et qui prennent d’assaut tous les champs de la création et, enfin la deuxième erreur, aussi grave que la première, fut la si mauvaise interprétation de son œuvre, or le professeur et artiste que je suis ne peut pas rester indifférent (e) face à de telles erreurs, celles que je viens d’entendre sont de taille.
L’art d’Aznavour a le pouvoir d’exercer un effet esthétique de catharsis et non d’adoucissement, il ne sert pas de baume à rien ni à personne.
La catharsis qui s’opère chez l’auditoire ou le lecteur d’une œuvre tragique n’est pas de l’ordre d’un adoucissement, soit-il moral, politique, ou psychique, bien au contraire, ce qu’il obtient n’est que l’effet d’une « purification » de l’esprit, de l’âme, par le moyen des effets crées volontairement et qui possèdent des éléments porteurs d’une forte puissance esthétique.
Les éléments du tragique dans une œuvre dite sérieuse, sont intensifiés, renforcés aux paroxysme et amplifiés au maximum, ceci l’auditoire le sait, le lecteur le sait.
L’élément essentiel de toute œuvre tragique est le caractère irrévocable, il n’y a pas de rédemption, il n’existe aucune manière d’adoucir la destinée, aucun pouvoir d’en remédier au plus néfaste sort implacable du destin :

L’irrémédiable
« […] Je ne reconnais plus.
Plus rien ne subsiste.
Les lilas sont morts.
Ça ne veut rien dire du tout »

Ou bien par la négation affirmative, une phrase construite dans le paradoxe existentiel.

« Dis moi que tu m’aimes, 

dis-le moi si même

L’amour est sans avenir »

Détrompez-vous, il n’y a pas de « simplicité », ce langage qui paraît facile n’est le résultat que des années d’expérience, de l’exercice difficile du dépouillement du langage jusqu’à obtenir cette fausse «simplicité »
Quand un artiste réunit dans sa création, quel-qu’elle soit, cet effet de catharsis, par la connaissance esthétique de son art qu’il maîtrise à la perfection et, qu’il arrive à provoquer cet effet, il devient le démiurge qui a été capable de provoquer chez autrui la compréhension de ce qu’est l’irréparable. La finalité esthétique de la tragédie a obtenu le but recherché : « la tragédie est irréparable » G.S.
Il est donc l’antithèse d’un possible « adoucissement » de l’esprit.
Tout artiste ayant accompli avec son œuvre ce message existentiel fait art, a crée une œuvre accomplie dans le sens du tragique.
Deuxième erreur commise ce matin, tordre la forme et le fond d’un discours pour faire d’Aznavour un exemple de l’immigration est un absurde intolérable.
Il paraît que le texte Les immigrants n’a pas été lu comme il se doit.
Ce poème fait l’éloge des immigrants d’exception, aucun autre n’a vu le jour depuis.
Un artiste est un cas unique, isolé, une exception de la nature et ne peut servir comme modèle à aucune idée politique d’actualité, il résiste à toute comparaison massive, cette intentionnalité est en dehors de toute analyse sérieuse de l’art. Aussi bien du créateur, comme de son œuvre. Et il faut aussi servir d’avertissement, pour qu’il prenne fin l’exégèse de la biographie pour interpréter l’œuvre, éviter cette facilité des méthodes d’analyses du passé, ne confondez pas le créateur avec son œuvre, même si il est d’un un intérêt certain pour les biographes, il ne l’est pas pour la compréhension de l’œuvre elle-même, vouloir les lier est une tendance qui revient, la biographie n’intéresse en rien pour faire l’éloge de la puissance indubitable la génétique et le savoir faire exclusif du métier.
Quand le commentateur n’est un ignorant en matière d’art, les analyses forcées qui se rédigent à la marge, resteront hors sujet et marginales.
Il faut analyser l’artiste comme une entité unique à part entière qui ne se laisse comparer qu’avec d’autres artistes de la même hauteur qualitative, et probablement pas du même genre, il pourra être comparé avec d’autres formes d’expression afin de mieux interpréter son œuvre, mais jamais pour s’en servir vers des buts étrangers à l’art.
L’un des éléments majeurs de toute interprétation comparative est de réaliser l’acte comparatif jamais entre deux œuvres similaires, de la même époque et participant des mêmes éléments de fond et de forme, ou bien entre deux phénomènes esthétiques de la même nature, mais le plus éloignés possible l’un de l’autre. (André Malraux)
Et, enfin pour effacer la fatigue d’entendre tant d’erreurs, rien de mieux qu’aller à la source, j’allume le poste et arrive la parole, la mélodie et le miracle de pouvoir revivre le passé pour le faire présent par la magie de l’art, et… revient chez nous la France d’autrefois, celle qui n’existe plus, hélas ! Les amours disparus à tout jamais, et à la jeunesse qui a laissé la place définitive à un temps qui n’a plus besoin du réel, parce qu’il  s’est métamorphosé en intemporel.

Nadezhda Gazmuri-Cherniak

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