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VANDALISME CITADIN ET MAMANS CONNECTEES

25 octobre, 2018 (07:06) | Dénonciation politique

 

PENSÉES CAUSTIQUES

VANDALISME CITADIN

ET

MAMANS CONNECTÉES

« Où va-t-il, celui-là, plein d’ardeur et d’allant ? Voyez-le traversant en toute hâte la chaussée sans prendre garde aux signaux, il est tellement pressé, il déteste tant faire attendre…surtout un ami, et un ami pareil, toujours si délicat, si prévenant. Justement il est déjà là. […]
Réunis par un goût commun pour ce cadre modeste, mais vivant, mais très doux, pour ce menu pas simple, mais de qualité excellente, laissant cette union se corser par des légères différences.[…]
Mais où ne peut-on être entraîné, porté par le cours d’une conversation familière, toute banale, à la table d’un restaurant où se trouvent régulièrement pour déjeuner ensemble deux amis »

Nathalie SARRAUTE
L’usage de la parole
A très bientôt
P.19-31

Chers Lecteurs,

Personne ne parle, ne s’offre à autrui dans un échange de paroles amical et intime en une sorte d’offrande de soi à l’autre, l’ami, où ensemble, dans un face à face humain et magique perpétuent leur amitié dans l’espace public.
Votre monde est « connecté » et paradoxalement toujours « en présentiel»
Il y a une scène que je vois souvent quand je me promène parfois par les rues de Paris ou quand j’ai la malheureuse idée d’aller à un square public, la vision des mamans connectés tandis que leur bébé reste seul pareil à un objet me révolte au plus haut degré, je l’observe depuis si longtemps.
Faisant une remontée dans le temps, il m’est impossible de ne pas dire combien j’ai pu me nourrir de l’intelligence sensible de Maman qui tous les jours me promena pare les rues de l’ample Alameda remplie d’arbres centenaires, moi dans le landau, elle le poussant attentive à mes regards, cette belle et jeune Maman qui faisait confiante et convaincue de bien faire sa silencieuse labeur de mère pour l’avenir de son bébé, sure d’elle faisait naître chez moi, d’abord un amour infini pour elle une admiration sans bornes, ensuite l’amour de la nature, l’ouïe alerte et attentive au langage de feuillage qui chantait grâce au vent et à la brise d’automne. Maman me raconta toujours combien j’étais contente et souriante en regardant les feuilles des arbres, et pendant des heures; plus tard, je me suis adonnée à dessiner et peindre des arbres, il fut un de mes principaux motifs de création plastique. C’est grâce à Maman, cette admirable créature qui a su être mère et alimenter des ma naissance mon imaginaire, c’est du plus jeune âge que les liens organiques entre mère-enfant se tissent pour rester indestructibles pour l’éternité.
Cette époque est contre les liens « fusionnels » entre mère-enfant.
Dans un société communiste, les enfants se créent pour l’État.
Dans la votre, pour tout autre motif, sauf pour celui qui indique sagement la Nature, perpétuer ce lien indissoluble et unique, ce lien organique et indestructible :l’amour filial. Plus tard nous sommes venues ensemble faire de la France notre pays d’adoption pour que 4 assassins exécutèrent le crime, notre binôme mère-fille était fort dérangeant pour la société française, nous étions en lien fusionnel et organique et cela pour cette France qui est devenue une experte en destruction familiale ne pouvait pas supporter. Ici on produit des Maman connectées et des enfant « indépendants »
Aucun lien entre mère-bébé, qu’il s’arrange seul, cela lui apprendra à « devenir indépendant » !
Aucun don de soi, elles ont déjà accouchés, allons vite au travail. Qu’il soit une autre femme qui l’élève, c’est bien pour cela qu’on a des « nounous » et les crèches salvatrices pour les mères indépendantes !
Ah,mais je commets un oubli impardonnable !
J’ai oublié que ce sont les pères qui restent à la maison pour faire de «mamans » tandis que la vraie mère déloge le foyer pour partir au travail !
Extraordinaire.
Il y a quelques années, en plaisantant avec une collègue professeur qui attendait son premier bébé, je lui ai dit : « ne t’inquiètes pas, un jour non lointain, tu verras les hommes accoucher et le allaiter »
Elle avait rit aux éclats.
Peut-être se rappelle-t-elle que j’étais tragiquement visionnaire ?
Maman m’enseigna l’essentiel, c’est elle qui m’enseigna à parler, à marcher, à écrire et à compter, à regarder, à aimer la nature et la musique. Dans chaque regard, geste et parole avait la mère d’un amour océanique qui intervenait dans le façonnement de la femme que je suis devenue. C’est grâce à cet enseignement maternel, jamais fait par aucune autre femme, car Maman ne délégua à personne son rôle sacré de Maman, qu’adulte je suis devenue forte et que je commence à vivre ma vieillesse équilibrée, je peux perpétuer sa mémoire en dépit du crime et je pourrai un jour non lointain, mettre à terre ces quatre assassins.
Je suis presque sure que cette critique va vous surprendre, vous êtes certainement des spectateurs indifférents car vous êtes habitués et si naturellement solidaires de cette manière de vivre la maternité, de ce nouveau comportement entre les mères et leurs enfants que mon article vous paraîtra inutile. Mais, si un seul lecteur me dit le contraire je serais comblée, comme l’affirme à propos de sa peinture Juan Pablo Castel, le personnage romanesque du Tunnel d’Ernesto Sabato qui dit avec viril conviction : «Il me suffirait de voir ma toile regardée ne serait-ce-que par une seule personne… »
Pour l’heure, l’on entend dire parfois, très rarement, ici et là que la plupart des individus sont incapables de se déconnecter de leur téléphone portable dans les lieux publics. Cela est une coutume ineffaçable des mœurs de par le monde, avant on allait au café pour converser, lire, où regarder les gens passer, ce qu’en Italie s’appelle « La Pasegiatta » c’était le lieu des rencontres où se cultivait le dialogue dans un face à face, où la musique des conversations amicales, littéraires ou amoureuses, ou les trois harmonieusement mélangées, donnaient un air joyeux et insouciant, à présent les personnes y sont pour rester comme l’on dit maintenant uniquement en « présentiel », pour s’isoler en communauté, pour se connecter ensemble en unissant virtuellement leurs misérables solitudes. Je ne vais plus au café.
Combien de fois en marchant par les rues je dois esquiver un robot-humain qui le regard fixe sur l’écran de son portable va droit par son chemin sans la moindre inquiétude de regarder autour de lui, dans le sens contraire il y a une autre personne qui n’est pas Lui, le robot à l’allure humaine, car il se trouve que je suis moi aussi dans l’espace public, nous sommes « les autres » dont Lui ne s’intéresse point, or, moi, j’ai aussi mon droit dans la rue, il avance les yeux fixés sur son portable, sans me voir, et sans aucune intention de voir devant lui, il ne se gênerait pas de m’écraser, il exige que nous tous lui cédons SA place, unique, particulière dont il est le seul propriétaire. La rue. Il ou elle pense que la rue lui appartient. Si vous multipliez cette novatrice manière de s’appréhender l’espace public à la société toute entière vous avez comme résultat les rues parisiennes, un enfer, un danger permanent!
Je me rappelle d’avoir lu dans un très ancien entretien qui avait donné Milan Kundera où il disait que maintes fois il devait descendre du trottoir pour ne pas être bousculé par des passants indélicats. Ceci n’est pas une anecdote mais la plus dramatique vision faite littérature-sociologique qui nous fait le portrait d’une rue parisienne, je l’ai lu il y a plus de vingt ans, imaginez vous en quoi se sont converties les poétiques rues de Paris avec une surpopulation de voitures, motards, cyclistes et maintenant avec l’idée des élus d’installer en location les trottinettes, inventées pour accroître la dangerosité citadine, les silencieuses trottinettes sur la rue qui surpassent à toute allure la lenteur des passants ne sont que des outils meurtriers au plus haut degré.
Pour l’heure ils sont « invisibles » mais, soyez certain que dans si peu ils seront massifs.
Une nouvelle législation est en train de se rédiger par des experts pour établir quelques normes, pour l’heure inexistantes en matière d’usage des vélos et trottinettes, vu le laxisme des élus, nous n’avons aucun espoir que la législation soit d’une part sérieuse et d’autre part pratiquement applicable.
Je ne reviendrai pas ici à refaire une analyse de l’essai très pertinent de Michel Serres, mais un élément me semble extrêmement intéressant pour élaborer une réflexion équilibrée.
Nous, j’associe à ma critique les personnes qui comme moi ont l’intention de se promener pour vivre la ville sans aucune connexion, nous ne sommes pas visibles, on peut nous considérer aussi inutiles et inertes qu’un poteau, pourquoi ?
Je ne parle pas d’une catégorie métaphysique, mais d’un strate bien concret de l’humanité, une espèce disparue, nous sommes des êtres sans connexion ou des personnes déconnectées !
Il faut insister que nous risquons un accident si nous ne prenons pas les mêmes précautions qui nous raconta Kundera !
Recevoir un coup est tout à fait naturel, si vous protestez vous pouvez être traité de tous les noms les plus variés du lexique qui adopteront toutes les nuances de la vulgarité, si vous protestez, c’est vous qui serez molesté, critiqué et condamné pour exiger des meurs respectueux.
Vous devez pendre conscience que vous ne serez jamais vu comme personne, ils démontrent leur jeunesse, leur place dans le monde en écrasant son prochain. Nous sommes devant un vandalisme citadin, la prise à sac de la rue.
Il s’agit d’un vandalisme très spécial, il ne prend pas d’argent, de bijoux, ni d’objet précieux, non, il ne vont pas vous arracher votre sac, (quoique il est courant que des vandales attitrés se mêlent à cette catégorie et qu’ils vous arrachent aussi vos affaires !)ils ont vandalisé notre paix, notre intimité, notre liberté dans l’espace citadin, ils nous ont volés les rues de Paris, jadis remplies de charme et de poésie.
Les gens ont usurpé les rues et les couloirs du métro avec prépondérance et c’est d’une vitesse effarante qu’ils s’affranchissent le chemin par les couloirs des station, où si nous essayons de prendre comme station de change Montparnasse ou Châtelet, revient à une marathon, pour y s’aventurer il faut être bien aguerri en matière de lutte citadine et, si par fortune on trouve un escalier mécanique ! Ô merveille rare à Paris, puisque la plupart des escaliers mécaniques se trouvent « hors service », on vous bouscule aussi sur l’escalier ! Les « parisiens » courent, et s’affolent pour monter ou descendre plus vite que vous qui restez calmement emporté par cette rare merveille qui vous épargne la montée des escaliers qui ne finissent jamais, pour qu’enfin vous puissiez doucement arriver au wagon. La bousculade a une raison bien motivée, ils veulent arriver plus vite que vous, je ne peux pas m’empêcher de rire, quand moi arrivée une minute plus tard qu’eux, les regarde énervés et bien trahis dans leur stupide volonté de me surpasser, ils doivent obligatoirement patienter sur le quai, il ne les a servi à rien de bousculer les retardataires, les volontaires comme moi de la paresse métropolitaine.
Mai, je voulais vous parler des mamans connectées et mon sujet s’est amplifié et ramifié vers les nouveaux mœurs citadins de la population parisienne, parce que ces deux nouveaux comportements sont les deux axes qui prend pour se construire cette nouvelle société, le vandalisme de rue et la naissance comportementale des nouvelles mères citadines.
La rue, la cité est le meilleur objet d’étude que nous puissions traiter comme matière d’analyse esthétique et sociologique.
C’est entre brutalité, déshumanisation collective et toute sorte d’indélicatesses les plus variées que surgit une nouvelle espèce de mères : les mamans connectées qui le regard fixe sur le téléphone portable ignorent ce petit être qu’elles décidèrent de mettre au monde, à les observer longuement lors d’un essai infructueux de m’aérer dans un jardin, une série de pensées me prennent au dépourvu.
Le dernier essai de Michel Serres, C’était mieux avant m’a motivé à écrire un article que j’ai publié sur mon blog.
Comme son titre l’indique, C’était mieux avant ? nous sommes confrontés à l’éventuelle « mélancolie » des anciens qui jugent mal notre présent sans porter un jugement censé, en essence du à un trouble psychologique, une sorte de cataracte mentale qui les empêche d’analyser sans parti pris les avantages de la modernité.
Nous ne sommes pas dans cette catégorie, nos ne souhaitons nullement faire marche en arrière pour saluer la peste, les guerres, la destruction massive, les tortures, la misère, et les maladies incurables. Mais, est-ce que ces maux ont vraiment disparus ?
Que la société européenne ait pu surmonter ces catastrophes, excuse pourtant que des vices mortifères viennent perturber dangereusement nos vies et brisent notre quotidien?
Le gens ignorent l’importance de la vie citadine, les gens sont devenus inconscients, étourdis par les connexions virtuelles, devant le charme et l’influence nerveuse chez l’humain qui peut provoquer l’ambiance, la ville, la rue, ce lieu commun à nous tous, qui est notre foyer commun, qui nous réunit et fait de nous des citoyens vivant à l’unisson la magie de partager une ville qui est la notre et que nous aimons.
J’adorais Paris, d’abord par procuration, mon père est venu ici étudier à l’atelier d’André Lhote quand il avait 28 ans. C’était l’époque entre les deux guerres, 1928.
Dès mon berceau j’appris à aimer Paris, mon père me raconta mil fois le charme silencieux et poétique des rues parisiennes. Quand il a su que Paris s’inondait de voitures, il me dit effrayé : « Paris n’est pas fait pour supporter des voitures » ! Or, sans prétendre stopper la modernité, car il faut vivre avec son temps, nous avons le droit d’exercer l’esprit critique et signaler les vices citadins et, sans non plus exercer une « mélancolie » désuète, d’exiger que ces nouvelles technologies, ne viennent pas donner le coup meurtrier à ce peu de poésie et d’enchantement qui faisait de Paris une ville extra-ordinaire, qui cachait mil mystères, où l’indépendance, une aristocrate manière de respecter l’autre, l’altérité d’autrui dans notre quotidien faisait une marque distinctive des parisiens …
Laissons à la marge, les avancées technologiques qui nous ont permis de bénéficier de la médecine préventive, en ce qui concerne la technologie au service de l’humain, je suis la première à voter et célébrer ces avancées qui permettent de prolonger la vie dans des bonnes conditions, mais ces avancées ne sont pas celles qui occupent le centre de notre étude et ne sauraient elles seules capables de sauver l’avalanche de nuisances mortifères qui font que cette « drôle d’époque » où l’« avant  et cet « après » nous laissent soumis dans une tragique paralysie de l’imagination, où tout véritable artiste nécessite d’exercer dans son travail journalier. L’invasion des robots humains, et l’usage brutal et brouillant des technologies mortifères nous laissent sans défense et nous font sombrer dans le désarroi.
La ville, la cité est sans conteste, pour tout véritable artiste, un de plus importants moyens de stimulation créative, sensible et de l’imaginaire.
Avant de vous quitter une anecdote :
Hernan Gazmuri me raconta ceci : il était à Paris en 1928 à peine arrivé, il oublie son parapluie dans un café tout proche d’où se trouvait l’atelier de Lhote, rue d’Odessa,
Quelques jours après, il retourne au café le chercher, le garçon lui signale la table, où le parapluie de mon père, cinq jours après l’attendait au même endroit, personne n’y avait touché.

Nadezhda Gazmuri-Cherniak

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