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LE CUBISME A PARIS

26 octobre, 2018 (03:09) | Publication

LE PEINTRE HERNAN GAZMURI DANS L’ATELIER D’ANDRE LHOTE/ PARIS 1928

 

LE CUBISME À PARIS

 

« Un livre à ne pas laisser entre toutes les mains »

André LHOTE

Traité du paysage et de la figure.

Chers Lecteurs,

L’exposition LE CUBISME au Musée Pompidou m’a fait sortir de ma tanière cet après-midi. Impossible de ne pas y aller, franchir le seuil de l’entrée c’est fut entrer dans mon « chez moi »
Un rendez-vous avec la vraie peinture, cela je ne l’avais vécu depuis des nombreuses années, la dernière révélation je l’ai partagée avec Maman, nous y allâmes ensemble pour la rétrospective de Modigliani au Musée du Luxembourg.
De cette exposition du Cubisme, plusieurs toiles exposées je les avais déjà vues à Santiago du Chili quand est arrivée une grande exposition de Paris au Musée de Beaux-Arts, intitulée De Cézanne à Miro.
A cette époque-là, je préparais mon Bac, je commençais ma formation d’artiste-peintre dans l’atelier libre de mon père qu’il avait crée à la manière de Lhote. J’étais la jeune fille de seize ans qui partageait avec son maître, le peintre Hernán Gazmuri, le même enthousiasme, la même ferveur, la même euphorie pour la peinture et, un jour inoubliable, il m’annonça radieux l’arrivée de cette rétrospective, il m’emmena pour compléter ma formation de peintre, il agissait avec préméditation, il savait que je sortirai de là totalement transformée.
Notre visite dura des heures.
J’ai reçu l’un des cours les plus émouvants que je n’ai jamais reçu d’un maître.
Son enseignement m’a façonnée à vie et son discours devant chacune des toiles, fut le meilleur cours de peinture que je n’ai jamais reçu.
La deuxième fois que j’ai pu admirer ces Delaunay, Derain et Gleizes fut aux Collections Permanentes du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, en 1983, quand le Musée exposa la « Donation Gazmuri » offerte officiellement par la veuve du peintre, Maman, et que le Musée inclut dans le Patrimoine culturel de la France, le peintre Hernán Gazmuri, il fut exposé Le Nu Jaune et l’Hommage à André Lhote, cote à cote des peintres de l’École de Paris, l’École esthétique à laquelle appartient Gazmuri.
Je revois maintenant quelques unes de ces toiles dans cette exposition, le Musée les a prêtées à cette occasion.
N’attendez jamais de moi un enseignement pictural, l’enseignement secret qui sort d’un atelier, cet enseignement ne se divulgue point.
Je le garde secret, je n’en parle jamais dans aucun de mes articles. Pour nous, les vrais peintres, espèce rare et presque inexistante, nos connaissances forment partie d’un secret de métier, il est transmis de cette manière tel que le don d’un bien précieux qu’une fois dans notre possession, par respect à notre maître et à la peinture, il ne doit pas se galvauder.
Les connaissances érudites sont si nombreuses qu’elles sont disponibles non seulement pour combler la curiosité des amateurs de peinture qui sortiront des arrives des bibliothèques parfaitement cultivés débordants d’informations à donner le vertige.
Ceux qui aiment de la peinture pour ne voir d’intérêt dans cet art que d’un point de vue historique, pour le classer et répertorier à la manière d’un archiviste, ils trouveront en bibliothèques spécialisées tout dont ils ont besoin.

Mais celui qui voudrait comprendre chaque toile dans son message pictural, ce qu’elle dit et transmet comme « écriture plastique » se verra très embarrassé de ne pouvoir déchiffrer ce langage si spécial qui est le langage de la peinture, car pour y parvenir il faut la présence d’un maître, et les maîtres vous les avez bannis.

Je me limiterai à vous faire partager mon émotion, tout simplement.
Me rendre à cet événement unique fut dans mon adolescence une traversée, guidée par mon maître, vers les créations du cubisme dont il me parla et m’enseigna par les photos de sa bibliothèque,et bien sur par ses propres créations, j’ai vécu dans un musé dès ma naissance, mais dans l’exposition, j’appréhendais la trajectoire vivante de la peinture moderne française,
A présent, avec une expérience de vie accomplie, je regarde le Cubisme autrement.
Cette exposition exige plusieurs visites.
La force expressive de chacune de toiles a une charge picturale immense, la portée émotive qu’elles éveillent chez celui ou celle qui est sensible à ce langage est dévastateur.
Je suis rentrée épuisée, prise d’une fatigue comparable à celles qu’on attrape après une longue et épaisse journée d’étude, parce que devant chaque toile cubiste, l’exigence que nous recevons de chaque toile pour faire une étude analytique est d’une telle ampleur qu’elle épuise toutes nos réserves d’énergie sensorielle et intellectuelle.

La toile de Delaunay la Ville de Paris, est une symphonie baroque divisée en six mouvements à multiples gradations coloristes qui structurent toute la toile.
Derain et Gleizes arrivent à une parfaite conversation avec le premier livre du Clavecin bien tempéré.
L’exposition toute entière est une révélation de pureté, d’espoir, d’affirmation existentielle, toutes les toiles sont douées d’une force intellectuelle et d’une intelligence plastique enracinée dans l’intellect le plus rude et la vie la plus radieuse celle de ces jeunes peintres. La vraie peinture est devant nous vivante, donnant une somptueuse leçon du métier de peintre.
Quelle leçon de peinture pour les barbouilleurs et les faussaires !
De retour à ma tanière, je me disais : quelle bonne idée serait que les imposteurs de la peinture commencent à s’autodétruire comme une preuve de repentance, et qu’au lieu de rester comme une boutade ou une nouvelle conjugaison de leur monstrueuse vanité, ils prenaient enfin conscience que ce qu’ils appellent « peinture » ne mérite que l’autodestruction massive et mondiale, nous serions ainsi débarrassées de tant de laideur, mais pour que ces faussaires ressentent de la honte il faudrait d’abord un peu d’intelligence. Ils n’en possèdent point.
Restons réalistes et raisonnables. L’humanité est arrivée à toucher le néant, à produire du néant, à vivre dans le vide plastique.
Pour ceux qui douées de sensibilité et qui vivent abasourdis par les créations hideuses remplies de laideur et qui restent désespérés comme moi, de vivre dans un monde où la véritable peinture a disparue à tout jamais, redonnez-vous de l’espoir, allez voir cette exposition des grands maîtres du Cubisme, restez-y, donnez vous du temps pour regarder, laissez vous absorber par le langage hermétique de ces difficiles constructions plastiques, n’allez pas en touristes, oubliez les imbéciles qui tournent autour de vous, qui ne restent que cinq secondes devant la toile en prenant des photos avec leurs portables.
Regarder une toile est un acte sacré, la toile nous exige ce respect tacite devant l’œuvre unique d’un peintre, qui a crée en démiurge irremplaçable.
Tout ce que je vous dit m’a été confié, transmis, ce trésor que le monde ignore. Les toiles ne sont pas des objets posés sur les étalages d’une vitrine. Les toiles sont vivantes, elles ont une présence silencieuse, car la peinture n’est que silence.
Mais un silence plastique, poétique et musical.
J’espère vous avoir convaincus d’aller voir les peintres cubistes.
Je vous souhaite une belle expérience plastique.

A très bientôt.

Nadezhda Gazmuri-Chernaik

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