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LE BILAN DE FAILLITE DE REGIS DEBRAY

29 octobre, 2018 (01:39) | Publication

 

LE BILAN DE FAILLITE

DE RÉGIS DEBRAY

UNE GRANDIOSE LEÇON ONTOLOGIQUE

«[…]  Au point d’oublier que c’est le partage d’un même passé plus que d’un même espace qui peut convaincre notre espèce de faire un seul peuple[…] D’où vient qu’une vivante communauté a toujours besoin de monuments aux morts[…]Les morts obligent, et l’ancêtre donne du pep. La chine et le Japon en regorgent: autel et bâton d’encens y trônent à domicile, ce qui ne ferait pas de mal à l’Européen Yes we can. »

Régis DEBRAY
Bilan de faillite
P.50-51

Chers Lecteurs,

Je ne perds pas mon temps qui me fut enseigné comme abstraction précieuse inéluctablement, attachée à mon moi et pour cette raison réduite à ma pauvre et fragile existence que j’ai eu la volonté de ne pas le gaspiller, la lecture est une activité exigeante que je ne jamais prise à la légère, je choisi mes auteurs et mes livres.
Premier point fondamental dans ce message universel écrit en pleine époque d’un nouveau « Crépuscule »,et non en état d’extinction comme le prédisent vaniteusement d’aucuns, mais encore une fois faisant avec assurance son passage cyclique au stade crépusculaire par lequel notre civilisation a maintes fois passée et a su se régénérer, car il n’y a pas de culture ni de civilisation sans assisses en traditions et la transcendante religieuse, est indubitablement une source propice à régénérer des élans créateurs contre la décadence et pour la renaissance d’heureuses réhabilitations se succédant par le temps qu’on le veuille ou non, ce sont des forces de l’esprit porteuses des plus grandes créations esthétiques et éthiques, ces « Réelles présences » reviendront, elles ne se laissent pas tarir.
Il m’a fallu faire abstraction des entretiens de la pire qualité où c’est toujours la même présentatrice qui figure ça et là accaparant tous les projecteurs du net, que voulez vous, c’est celui qui offre les tribunes le seul coupable…
Il est de même pour la radio où c’est en posant des questions superficielles et s’appuyant sur des longues citations de l’écrivain, que l’émission se construit évitant ainsi par incapacité endogène et neuronale d’entamer un dialogue profond sur son livre, ce que la stature de l’auteur exige, enfin mis à part cette nécessaire recherche que j’ai du entamer pour avoir un aperçu vivant de l’auteur, car je ne néglige pas les avantages de l’image que je suis sortie déçue des entretiens et qu’en revanche je suis entrée de fond dans l’espace littéraire d’où sortirent ces réflexions bouillonnantes que je vous délivre faites commentaire d’un livre qui a provoqué en juin dernier des nombreux articles et des entretiens diffusés sur le net.
Il faudra me semble-t-il, nécessaire de reprendre certains propos et d’apporter deux ou trois précisions très importantes aux questions de fond qui méritent d’être dites publiquement à propos des idées fort poignantes que cet essai dégage comme message sous forme épistolaire, son étendue philosophique va bien plus loin que les conseils d’un père à son fils en vue d’une orientation de filière avant et post Bac, la lettre à son jeune fils devrait l’aider à prendre une décision sur quelle filière définir un projet de carrière qui n’est en somme qu’un projet de vie définitif et irrévocable, le plus important qu’un jeune ne soit obligé d’entreprendre.
J’ai trouvé sur le net deux interventions où le micro fut offert à Régis Debray pour parler sans intervention inopportune et maladroite d’aucune présentatrice. Ces deux uniques cas d’entretiens libres faits « film » eurent la valeur de compléter et enrichir ma lecture.
Laissant de coté les synthèses réductrices, les articles de presse et les entretiens où l’écrivain est obligé de répondre aux questions ponctuelles, en dehors du sujet central, pour souligner les traits dépourvus de ce qui est strictement « littéraire » sont en somme le produit de ce que le producteur et sa présentatrice, dotée d’une indubitable raillerie, veulent mettre de l’avant, bien que tout soit très fidèle et conforme au fond et à la forme, il faut aller plus loin que ces synthèses et les résumés médiatiques et médiatisés de la littérature, la création d’un écrivain est là pour « être lue », j’accorde pareille importance à la lecture qu’à l’acte d’écriture, ce week-end je l’ai passé en dialogue avec le livre de Régis Debray.
Voyons ensemble le fond et la forme, le récit en forme épistolaire du père qui s’adresse à son fiston pour l’orienter dans son choix de formation avant et après le Bac, la gravité est présente mais d’une autre nature à celle que sans détours est dite dans la lettre à un jeune poète de R.M.Rilke, les maîtres donnent toujours une leçon de vie dans une leçon de littérature, aussi bien à l’artiste débutant qu’à sa descendance ; ici la gravité est couverte, dissimulée, les conseils du père, sont sortis de sa propre vie, de sa praxis entre son idéal et la réponse du monde d’ici bas.
Les conseils du père sont à double tranchant, il y a sous couvert d’un mal nommé « humour » dit par les journalistes, une critique sociétal.
Ils voient là de l’humour ? C’est faux, il n’en est pas un, parce que toute possible intentionnalité humoristique ne serait qu’une pirouette intellectuelle, avec l’intentionnalité d’occulter, de ne pas vouloir approfondir l’analyse jusqu’aux frontières du tragique. L’auteur opère à l’inverse de ce qui est dit.
Il fait le choix vers une franche ironie, en alternance avec une critique lapidaire vers ce qu’il observe et condamne, la partie toujours hypocrite, sombre et opportuniste de la société. Il n’y a pas un seul domaine de la création humaine exercée dans les milieux d’étude et de pratique professionnelle qui soient exempts des pires des vices où le jeune devra une fois formé « exercer » et c’est d’abord la formation et ensuite l’exercice de la profession, celle qui déterminera son existence qui le marquera à vie, d’où la transcendance majeure d’éviter l’erreur.
Aucune demi teinte dans le tableau où le père fait un va et vient contrasté entre le pour et le contre, laissant toujours à son fils la porte entrouverte pour qu’il prenne sa propre décision, non sans lui signaler la voie du vrai, bien et juste.
Magnifique attitude d’un père intellectuel.
Une position essentiellement dialogique entre la réalité, le désir et l’idéal.
Régis Debray a choisi un structure pour délivrer l’analyse et écrire sa lettre.
Il y a un choix structurel chez le père qui fait sa propre traversée existentielle, en faisant l’emprunt d’un mouvement essentiel du métier de peintre, le peintre entretien avec sa toile de manière obligatoire un rapport intime fait de rapprochement et de distance, il doit s’éloigner se son chevalet et revenir pour encore pour donner les touches de pinceau adroits et nécessairement sortis d’un éloignement indispensable pour que la touche soit réfléchie et sortie d’une véritable intelligence plastique, sortie de la juste position et perspective, l’œil a besoin d’éloignement et de repos pour juger comme il se doit l’objet de création esthétique, le même phénomène s’opère ici dans la pensée créatrice de l’écriture. La narration avance solidement et s’affirme dans sa construction, c’est d’un parfait échafaudage que surgissent les avantages et inconvénients des filières, elles sont assujetties entre les mains de ceux qui tiennent fermement les brides de la mécanique interne, obscure et trouble, des la société, il ôte la vision idyllique de la filière littéraire, la pire des toutes, parce que depuis des décennies s’est transformée en le réceptacle de premier ordre des manœuvres qui finirent par changer le statut de l’art en pur mercantilisme, non sans étaler les subtilités de rigueur greffées aux conduites peu recommandables qu’un débutant devrait adopter pour se faire admettre avec des déplorables et infimes chances de réussite.
Le danger suprême serait de laisser le libre cours à une vocation établie d’avance par par filiation père-fils : « Épargne-toi, pour les idées que nous souffle le vent, l’acharnement après décès. Ce qui fut d’hier ne s’entendra demain que s’il se trouve des gens qui auront intérêt à le redire. »
Et, ce passage c’est l’apothéose ! : « Que mes manques à gagner personnels ne te cachent pas les séductions d’un milieu pétillant qui a son charme et parfois de la grâce. […] Nous sommes, nous les gens d’esprit plus ou moins en vue, les talons rouges de la démocratie d’opinion.[…]On commence par les supériorités dont il faut bien s’affubler pour passer des concours aléatoires, affronter un jury de thèse ou déposer un manuscrit auprès des standardistes de Gallimard, dans le hall. Après quoi, on passe aux privilèges, à des positions enviées et redoutables aux degrés de la pyramide, et à la fin, cette noblesse par raccroc se gonfle, se pavane, et s’emplume. C’est l’âge terminal des vanités. » Ibid. (P.45-46)
J’en connais. Analyse faite, conseil réussi au plus haut degré.
Il va falloir que les critiques sachent que l’œuvre d’un écrivain n’est pas seulement le fond, mais l’exercice magistral de la forme, je déplore que son style littéraire n’ait pas donné naissance à une inquiétude intellectuelle qui fasse naître un questionnement proprement littéraire. On voit que d’aucuns seraient forcés à exercer un effort supplémentaire dont ils sont bien incapables de nous fournir.
Il ne sont pas épargnés de l’analyse les sciences humaines qui en rien représentent l’humain, dans leur égal partage dans l’abaissement de leur mission formatrice et pratique aux compromis, les sciences politiques, droit et économie, toutes liées par la déclinaison à l’unisson des transactions profitables et profiteuses de l’argent ; les filières marquent la vie sociale et la description détaillée en tournures de plus érudites, confirment la forme de ce récit épistolaire comme une tableau de pure « littérature », le père-écrivain peut dessiner à sa guise la société française, nous voyons bien peints les intellos, les littéraires envieux et les sorbonnards tels que je les connais, aussi mafieux que terre à terre.
N’ayez pas peur ni condamnez rien, si vous n’avez pas encore lu le livre, ce n’est pas Régis Débray, mais moi-même qui emploie ce langage libertaire.
Le monde politique n’est que mensonge et diplomatiquement vicieux.
A fuir sans hésitation comme tout autre projet idéaliste où sa personne serait mise à terre par ceux qui sont aux commandes de deux uniques registres où s’exprime le politique :l’économie conjuguée uniquement en termes du « profit » et le vedettariat.
Le nœud de la question est de ne pas ôter l’idéalisme du jeune qui débute dans la vie. C’est l’enjeu de tout père qui connaît la vie et qui est en mesure de faire le bilan pour sauver son fils d’un impair ontologique.
On distingue à travers tout le récit la marque indélébile qui donne la tonalité à tout le récit : le trait manifeste d’une ironie qui rarement on a vue dans un récit littéraire comme un élément permanent qui soutient l’argument du message, puisque il n’est nullement propre de l’ironie d’accepter dans son territoire aucune autre composante qu’elle même, l’ironie se suffit à elle même pour prendre la place philosophique et littéraire. Régis Debray donne au discours narratif une tension jamais obtenue avec cette précision de scalpel, l’ironie s’entrecroise avec deux éléments qui ne sont pas de son domaine : la critique et la peinture sociétal.
Comme le dit Vladimir Jankélévitch, « l’ironie est la défense des faibles », les faibles sont ceux qui honnêtes jusqu’au bout dans leur vie, font le constat d’une vie contrastée entre le don de soi absolu sans une société qui va en zigzag et dont le plus grave est que les hommes trahissent, et ne seront jamais à la hauteur de l’idéaliste qui a fait un don de soi absolu pour la pérennité de ses idées.

LE COUP D’ETAT AU CHILI ET LES CONSEQUENCES CULTURELLES.
(P. 63)
C’est dans ce contexte, que l’on a passé sous silence les deux éléments dont je vous ai dit au début de mon article qu’il me semblait urgent d’apporter des divergences avec l’auteur et les critiques, c’est naturel, les français ignorent ce que moi en spectatrice bien avisée, j’ai vécu au Chili et sais par expérience, elle est bien supérieure à tout commentaire livresque sur ce qui entraîna l’échec d’un vrai socialisme au Chili, « la révolution de gauche à la chilienne » devait être non seulement un changement économique, mais une transformation culturelle, or les réfugiés qui arrivèrent en France, n’étaient pas à la hauteur pour confirmer ce type d’analyse, les vrais persécutés arrivés comme « réfugiés » comme c’est la norme ils furent rares, une quantité non négligeable des réfugies n’étaient que des révolutionnaires par procuration, ils posèrent leurs valises à Paris… je les ai connus. Je peux dire à M.Régis Debray que les vrais furent entassés au Stade National, les autres, pris d’assaut et choisis en exclusivité par les bottes nazies passèrent direct et sans transition à la torture, et jetés à la mer, d’où le nom des « disparus » et nombreux comme mes camarades de classe, pris à part, sortis de force des cours pour être brûlés dans les chaudières de l’Université Technique d’État, à présent nommée « université de Santiago » ; il fallait tout détruire, même le nom.
Le changement de nom, un pur acte de pédantisme, effaça de pair l’action révolutionnaire des vrais intellectuels qui des décennies auparavant préparèrent calmement, les révolutions culturelles sont produites dans la lenteur et le produit de la patience et jamais sorties de l’improvisation, ces intellectuels rêveurs et romantiques posèrent la première pierre d’une véritable et silencieuse révolution intellectuelle, artistique et pédagogique, dont le peintre Hernán Gazmuri fut celui qui fonda en 1942 ! L’Institut Pédagogique d’État, greffé majestueusement à la U.T.E., où il exerça comme Professeur d’Histoire de l’Art, dessin et peinture et Directeur du Département d’Art Plastiques jusqu’à 1972…Quel sort lui fut réservé par le Chili ?
Le mépris, la lapidation, la mise à mort de son nom et jeté sous silence toute son action créatrice et  novatrice fut le produit des Recteurs successifs. Gazmuri fut gratifié d’un monstrueux mépris par les gouvernements post coup militaire qui se distinguèrent pour être des experts en destruction intellectuelle, c’est ainsi qu’ils confièrent le Rectorat aux incapables mafieux qui eurent la volonté de l’effacer des Annales de l’Université, parce que génie trop encombrant et incapable d’être égalé.
Cet illustre Institut de Pédagogie universitaire où naquirent de l’enseignent solide de grands maîtres, un ensemble des créations pédagogiques essentiellement novatrices en matière de formation des maîtres, elles trouvèrent accueil au sein d’une architecture sortie d’un Le Corbusier où l’excellence professionnelle des générations des jeunes et talentueux professeurs du secondaire et universitaire fut renouvelée chaque année.
Je suis sortie de là et, je fus avec mes camarades, une des dernières privilégiées juste avant que la nouvelle recrue des professeurs partisans des bottes militaires agissent pour un effacement volontaire des acquis intellectuels qui demandèrent tant de dépenses et d’effort pour se construire, ces acteurs dont le peintre Gazmuri et ses collègues, mes chers et inoubliables Professeurs, étaient des vrais idéalistes, je suis sure que leurs œuvres et leur enthousiasme ne furent pas de l’énergie perdue.
En ce qui me concerne, pas de faillite.

DES INVARIANTS PLASTIQUES AUX INVARIANTS LITTERAIRES

En dépit de ce qui croit Régis Debray, je pense à l’inverse, et je me fais un devoir de le détromper, il s’agit ici non d’une erreur dans la forme, c’est à dire de position et de perspective, mais d’une erreur de fond, il y a et, il restera toujours vivant et créateur le cercle très réduit, certes, de ceux qui ne peuvent pas changer de camp,  en dépit des conseils, messages épistolaires et des essais portant les idées sorties de la plus haute pensée intellectuelle et, il ne s’agit pas de l’influence du monde du vedettariat, de l’argent et de la suprématie de l’image, qu’ils aient opéré tous ensemble pour remplacer la génération de la « graphoesfère » en médiocrité assermentée est une certitude, mais il faut faire une marche en arrière créative, pour obtenir votre adhésion, je vais prendre comme exemple André Lhote, parfait théoricien du cubisme, maître exemplaire des générations des peintres, je le cite :
« Il suffit que je pose deux fois consécutives le même modèle pour que mon atelier se vide d’étudiants»
Nous ne sommes pas dans ce présent abominable, où la sensibilité artistique paraît confinée dans le champ aride des multiples « surdités », mais dans la créatrice époque d’entre les deux guerres, où c’est à Paris qui naît un cosmopolitisme d’exception, théories créatrices assurées par des maîtres, et paradoxalement tel qu’à présent, voyez vous mon exemple reste débout, au commandes toujours omniprésente l’officialité destructrice.
La réprobation faite critique d’art qu’il ne faut jamais oublier : « l’État est toujours incompétent en matière d’art » D.H. Khanweiler.
Combien de pensées amères mais héroïques partagea Lhote avec son ami Alain Fournier et Jacques Rivière dans sa correspondance quand sans le sou, il envoyait quelques toiles à Paris pour essayer de subvenir à ses dépenses dans sa précaire survie à Bordeaux.
Ses toiles parfois refusées parce que peintes sur un matériel redoutable, il répondait qu’il peindrai sur des toiles de meilleure qualité quand les marchands se décideraient à lui payer ses œuvres en sa véritable valeur.
Non, pas de confusion à ce sujet, ce cercle que Malraux nomme la caste a été toujours réduit, exclusif, élitiste et élitaire, les choses exquises dans tous les domaines de l’activité de l’homme sont dirigées à ceux qui peuvent les accueillir, ces dons ne sont pas sortis de la masse ni pour la masse soit-elle en effervescence révolutionnaire où en sommeillant sa profonde platitude.
Mon professeur Docteur ès Lettres qui fut ma Directrice des recherches au Chili, me confia la tâche d’être son maître assistante et c’est elle qui m’offrit l’opportunité unique de diriger des Ateliers de poésie, j’avais dix-huit ans, elle m’a dit ceci à l’occasion du coup d’État : « Ici, ce n’est pas l’action indubitable de la CIA qui a provoqué l’arrivée de la dictature, il faut dire franchement que la faute de cet échec il faut la jeter à ceux qui trahirent la révolution, ils gaspillèrent une occasion unique qui ne se présentera plus jamais, en bon espagnol, elle me dit : « se farrearon la revolución ! »
Troisième élément porteur d’une exigence d’analyse sans pathos ni mélancolie. Sachez que pour l’heure, mais que dis-je !? C’est une erreur de ma part d »oser me situer uniquement au présent pour faire l’analyse d’un naufrage au plus profond de la laideur et de l’incompétence en matière de transmission du métier de peintre de chevalet : c’est depuis quarante ans que la Grande Chaumière a perdu la valeur d’une transmission authentique, j’y suis arrivée à la fin d’une époque, quand le massier d’Yves Brayer, Pierre Driay transmettait la vérité plastique, il fut un de mes plus chers amis dès mon arrivée en 1980.
Nul ne sort de Beaux-Arts compétent et habile pour répondre comme il se doit aux rudes exigences du métier de peintre, où la base est le dessin artistique et non de pompier académique, ni cours d’anatomie ni pompiers messieurs, nous avons hérité les théories éternelles sorties « des invariants plastiques ».
Ils sont incapables de dessiner des nus selon les théories modernes qui permettent au peintre de vivre avec son temps, de faire du moderne avec du vieux et de renouveler ainsi, grâce à la grammaire de la création plastique, une création mouvante et nouvelle dotée d’un pouvoir de métamorphose inépuisable, ce que Beaux-Arts ne donnera jamais, ce que l’actuelle Académie de la Grande Chaumière, ne donne plus, car moribonde et exsangue en manque de véritables maîtres elle est tombée entre les mains d’irresponsables ignorants, elle décida de s’autodétruire entre les mains de faussaires du métier de peintre.
Celui qui à présent se rend dans le seul atelier qui se vante d’avoir un modèle vivant n’apprendra rien, et même si l’Académie serait prise par un mécène fortuné et sauvée de la faillite destinée aux enchères, l’ignorance vaniteuse et le mauvais goût sont les vices où elle est tombée ne sauraient se mettre en retrait pour aller à la recherche de véritables maîtres, mais où aller les chercher ?
Des ignorants suprêmes se sont emparés du cours libre de croquis et de l’atelier de peinture, je pris la fuite et je ne regrettai pas devant ce désastre, de manquer de sous pour aller pratiquer le dessin. Les prix sont aussi élevés que leur ignorance.
C’est cela l’actuelle Académie de la Grande Chaumière, ignorance et mauvais goût, à chacun son métier, j’en ai les miens, et je parle en experte, chacun doit faire son bilan, de cet essai riche en enseignements nous sortons à notre fois notre bilan personnel, il est fort recommandable de m’imiter, je sacrifié ma vie d’antan et le petit bout qui me reste à vivre à présent, pour rester fidèle à la filière L, littéraire, qui tout comme l’Artistique ne sont destinées qu’à ceux capables d’assumer l’incertitude, la misère et le mépris, trois charges qui n’iront jamais accompagnées de rémunérations factuelles ni abstraites, aucune compensation monétaire, aucune reconnaissance de maître, ni sociétal, ils sont au cimetière et n’ont pas laissé de disciples chargés d’assumer gratuitement ce difficile héritage pour les remplacer…Cependant quelques uns, toujours minoritaires, résistent, c’est une loi de la nature à laquelle je me rallie, nous formons la caste de ceux qui travaillent pour que l’oubli ne pose pas la pierre tombale définitive sur l’héritage de nos maîtres,
C’est avec cette conviction profonde et foi en la perpétuation de l’héroïsme des nos maîtres, que les « réelles présences » fantomatiques assurent sa survie.
Nous sommes interpellés par les privilégiés de l’esprit, ils nous appellent en permanence, nous pensons que notre dette d’honneur abstraite qui n’appartient pas « aux lois écrites » est marqué de manière invisible entre le maître et son disciple, elle reste impayée si nous nous détournons de notre mission.
C’est un devoir d’honneur duquel on ne peut pas se dérober ni manquer à l’appel de cette exigeante fidélité, parce que c’est précisément la force inépuisable de cet héritage, celle qui nous rendra forts pour abattre les effets funestes et corrosifs de l’indifférence et du mépris.
Et c’est grâce au talent et à la fugue pour maintenir vivant un idéal, que nous serons capables d’être plus forts que le mal  et, c’est à la jeunesse que revient cette responsabilité et encore plus sérieusement doit s’assumer cette responsabilité par ceux qui comme moi, font l’expérience du retrait de la fuyante jeunesse et qui la voient se retirer très loin et si doucement, oui, c’est à nous tous que nous revient la responsabilité de disciples de la méprisée filière littéraire et artistique, pour la la sauver, et de maintenir toujours ardente la flamme des idéaux, et pour faire notre la phrase de Régis Debray, notre mission se fait acte créateur et lien indestructible de la mémoire de nos maîtres et de leurs maîtres, parce que nous, la caste, nous pensons que « ce qui fut d’hier ne s’entendra demain que s’il trouve des gens qui auront intérêt à le redire »
Je suis convaincue Monsieur Régis Debray qu’il y a un réel et grand intérêt à le redire.

Nadezhda Gazmuri-Cherniak

www.n-gazmuri-artiste-peintre.jimdofree.com

Galerie de peinture Hommage à Hernan Gazmuri

www.nadezhda-Gazmuri-Cherniak.e-monsitr.com

 

 

 

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