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« CHEZ-NOUS… »

3 mars, 2019 (20:27) | Dénonciation politique

« CHEZ -NOUS… »

 

« Je ne partage point cette erreur commune de juger d’un autre d’après ce que je suis. Je crois aisément qu’il y a des qualités différentes des miennes […] Je conçois et crois bonnes, milles manières de vivre opposées ; au contraire du commun des hommes, j’admets en nous plus facilement la différence que la ressemblance »

 

Michel de MONTAIGNE
Essais, III, P. 1222

« La malveillance et la haine limitent la réflexion à la surface »

Adage cité par Max Horkheimer

CRÉPUSCULE

 

Chers Lecteurs,

A la lecture non des grands de la pensée ou de leurs défenseurs, mais des participants colériques de la nouvelle société française, j’ai été forcée de passer ma matinée dominicale a converser avec Montaigne, Horkheimer et les écrivains de la génération du 98 espagnol, tant fut mon dégout de constater que je suis venue m’installer en France, il y a presque quarante années dans un pays qui contredit la pensée de Montaigne et où sa société est devenue experte dans l’expression haineuse qui distille dans son langage les principes les plus contraires à l’humanisme.
C’est de ma petite bibliothèque que je reprends quelques ouvrages, et à titre de remède, je constate combien cela fait du bien de dialoguer avec les grands classiques et refaire un parcours des pages lues dans notre jeuneuse ! C’est bien la consolation de tout intellectuel déçu, je l’avoue. Quand on me demande pourquoi mon mépris absolu de ce qui est devenu l’Occident, la réponse est ici, je tiens entre mes mains les Essais de Montaigne, ils ont été piétinés et ses pensées ne servent qu’à passer le Bac, ensuite ils lui font prendre le destin de l’oubli et après les examens réussis il est oublié. C’est l’œuvre de l’Éducation Nationale, génératrice de l’oubli, où ses laquais, les professeurs sont titularisés après avoir prêté serment de suivre deux préceptes à la lettre dans leur exercice « d’enseignants -fonctionnaires » devant les générations d’adolescents, à savoir : « passer le programme et passer le Bac », si vous jurez être fidèle à ces deux principes du Ministère, vous serez un de leurs.
La France a tourné le dos a tout son héritage, et seule une idiote comme moi je l’étais, peut avoir alimenté l’idée naïve et stupide de croire qu’elle pourrait s‘installer pour semer sur terre stérile. L’Orient n’oublie jamais son héritage, une des raisons d’un dialogue impossible, ce fait l’avait très bien analysé Giorgo Manganelli qui a dit : « On ne peut pas penser à la décadence de l’Orient ! »
Il faut être née dans un pays lointain pour prendre la mesure de ces deux mots qui vous lancent à la figure les natifs d’un pays quand vous êtes une immigrée. Et un artiste l’est et le sera éternellement où qu’il aille. Ces mots prétendent établir un écart abyssal et infranchissable entre celui qui le prononce et son interlocuteur, il n’existe pas d’hôte qui puisse se permettre de prononcer une telle expression barbare.
A l’analyse superficielle de ces deux mots, une personne « bien née, et « bien éduquée » juge cette expression comme la pire des impolitesses, on se dit ipso facto que celui qui le prononce est un rustre, un mal élevé où, une personne remplie de malveillance et de mauvaise foi, pour l’heure l’on doit ajouter, qu’il s’agit d’un parti pris d’une nouvelle modulation langagière d’un nationalisme vulgaire qui se touche au jour le jour : « chez nous ».
La lutte politique en France a pris des tons barbares, inhumains, propres de la jungle, où l’animal petit succombe dans la gueule du plus grand et plus fort. Et je constate avec effroi que des coutumes d’animaux, sont présentes au sein même de notre société, vous savez de quelle manière marquent leur territoire les animaux. L’homme qui a été doté de l’usage de la parole, l’utilise contre son prochain d’une manière bestiale.
Il faut savoir se défendre si l’on est humaniste et si l’on est né et éduqué dans des principes inviolables comme le sont le respect d’autrui, le respect de la vie et de la mort (l’un ne va pas sans l’autre et, le respect des morts, n’est que sa prolongation) le sens de l’honneur et la liberté de pensée. Le Chili où je suis née, pays conservateur et profondément religieux, il fut il y a des siècles un bled perdu où il n’y avait rien que d’immenses terres fertiles et des richesses naturelles en abondance. Pablo Neruda a bien défini la colonisation, « ces brutes nous arrachèrent tout, mais ils nous laissèrent un trésor : les mots » En somme, mon pays d’origine, fut une terre s’asile, où mes ancêtres arrivèrent d’Espagne et de Russie, du côté paternel, des nobles basques espagnols arrivèrent il y a plus de deux siècles , et tous mes ancêtres de Russie s’intégrèrent parfaitement, je n’ai jamais fait l’expérience de la haine raciale et religieuse. J’ai dû arriver en France pour que je sois obligée de prendre la mesure de c’est que signifie vivre au jour le jour dans un contexte haineux, j’en ai fait la connaissance de ce que c’était l’islamophobie dès que fus envoyée en mission pour travailler comme professeur en ZEP, paradoxalement, c’est fu mon expérience la plus riche, la plus décisive, et indélébile. Mais, comment faire pour vivre en permanence sous les heurts, des gens colériques, au langage ordurier, et au sein d’une société haineuse ?
À la fin cela use, fatigue, perturbe la pensée, intoxique, nous ne pensons qu’à fuir ! À défaut d’argent, nous nous isolons, nous vivons reclus en ermites et nous créons des ressources pour nous accommoder et poursuivre. La pensée se défend et se dit qu’en ayant déjà connu le pire en France, en 2013, l’isolement est une bénédiction.
Le Chili était une terre qui s’est formée des vagues successives d’immigrés, et il accueillit des multiples ethnies et religions, le pays se construisit ainsi. petit à petit, la société où j’ai vécu était faite de mariages mixtes, sans haines, sans discriminations, il a fallu l’arrivée du dictateur Pinochet pour que ce pays paisible éloigné de tout, fasse la connaissance dans sa chair d’un exemple mimétique du nazisme.
Il ne faut jamais confondre le nationalisme avec l’amour pour sa terre, je cite sans fatigue la question qu’on lui posa un jour à un écrivain espagnol de la génération du 98, condamnés pour critiquer sévèrement l’Espagne de leur époque, critiquer ne signifie nullement manque d’amour.
« Quelles sont les rues que vous aimez le plus au monde ? »
Alors, l’écrivain répond : « Celles d’Espagne, parce qu’elles sont celles d’Espagne ! »
Cet amour à sa terre, n’a aucune relation avec cette expression : « chez nous » qui s’érige imposante à l’encontre de l’invité pour le déloger par la parole. Renforcer avec une expression de redondance l’amour à sa terre, n’est qu’une *affirmation d’amour absolu, qui est conforme au sentiment d’un amour inconditionnel, parce qu’organique comme l’est l’amour éternel de la mère.

Nadezhda Gazmuri-Cherniak

*pour éviter une malencontreuse confusion je défends les écrivains de la génération de 98, et, je ne parle pas à titre personnel.

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