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JE ME LE DEMANDE…MAMAN

27 mars, 2019 (08:44) | Poésie

CLARA PORTRAIT PEINT PAR LE PEINTRE HERNAN  GAZMURI/
TOILE SPOLIEE A SA VEUVE PAR ‘LETAT CHILIEN

JE ME LE DEMANDE…MAMAN

 

I
Celui-ci est le mois le plus soir et angoissant
Celui-ci est le rite que nous accomplissons
C’est l’appel à la justice.

II
Du cri de vérité qui se dit avec force
Parmi les couloirs qui débouchent
Amples et vastes
Vers des portes grandes ouvertes
Qui nous laissent
Enfin libérées des tribunaux

III
Celui-ci est le mois, je te le dis, rassure-toi
Dans lequel seront ouverts nos dossiers
Se rempliront les formulaires
On parlera à voix haute et ferme
De ta mort indigne
Et ta douleur sans fin
Et de ton âme de créature abandonnée.

IV
Celui-ci est le mois qui annonce
La voie qui s’ouvre pleine vers la justice
Celui-ci est le mois où nous ouvrons
Les rapports enveloppés et catalogués
En dossiers interminables d’informations
Et de liasses qui parlent
Avec des preuves de ta douleur
Provoquée par ces quatre assassins

V

Celui-ci est le mois le plus noir et angoissant
Où nous ouvrons les liasses
Qui parlent de ta douleur indicible
Provoquée avec préméditation
Pour étouffer notre binôme éternel.

VI
Ce mois est le plus noir et angoissant
Où nous ouvrons face aux tribunaux
Les liasses qui enferment ta douleur et ta mort
Qui te brisa en mille morceaux
Sous les rires obscènes
D’un Chef de service « français »
Commanditaire de ta douleur et de ta mort.
Qui te brisa dans un temps infini, innommable
Ce temps qui n’avait ni commencement ni fin.

VII
Ta crise subite qui fut exploser l’air
Ta crise apparut subite faisant
La séparation indéterminée entre le jour et la nuit
Noircissant le jour
Plu noir et abyssal que la nuit.

VIII
Comment ouvrir les yeux à la lumière ?
Et se défaire du sommeil obligé ?
Qui abrite par des nuits interminables
L’inconscience qui garde les pleurs ?

IX

Comment se réveiller à la lumière ?
Je me le demande Maman…
Avec tes yeux d’épouvante
En regardant le vide de la mort
Qui te sépara de moi,
Qui t’emporta si loin
Vers le puits noir de la mort
Je me le demande Maman…
Comment continuer à vivre ?
Je me le demande Maman.

X
Comment ouvrir les yeux
Et se défaire du sommeil obligé ?
Qui abrite des nuits interminables
L’inconscience qui garde les pleurs ?

Je me le demande…Maman.

XI
Comment me réveiller à la lumière
Après ton assassinat
Par ses quatre assassins ?

XII
Comment me réveiller à la lumière ?
Si j’ai tes yeux d’épouvante
En regardant le vide ?
Comment continuer à vivre ?
Si tes yeux d’épouvante en regardant le vide
Te détachaient de moi, t’emportant si loin
Vers le puits noir de la mort.

XIII
Comment continuer à vivre dans ce pays que j’abhorre ?
Dans un pays qui t’a donné la mort ?

De quelle manière devrais-je m-en défaire ?

Je me le demande…Maman.

XIV
Comment devrais-je me défaire
De ce dégoût qui monte à ma gorge étouffée
Et laisser cachés dans les mensonges quotidiens
Les torts, les douleurs
Les cris que j’étouffe et
Que j’enveloppe au jour le jour ?

XV

De quelle manière me revêtir de la cape
Qui noire et épaisse me couvrira entière
En cachant ce dont personne ne s’intéresse.

De quelle manière devrais-je garder mon visage
Dans le masque doré que je mets dès l’arrivée de l’aube
Qui les prive des vérités déchirantes.

XVI

De mes yeux qui s’entreferment remplis de haine
De ma bouche qui a dû se contraindre et se fermer
Sans laisser sortir ces quatre noms
De mes mains qui ce jour de ta mort
Ne prirent ni dagues ni couteaux
Qui durent rester immobilisées…
De mes doigts qui ne pressèrent pas
Ni appuyèrent point
Sur des détentes de révolver.
Qui auraient dû
Laisser s’échapper ces quatre balles
Purificatrices de ta douleur.

XVII
De quelle manière
Devrais-je leur faire croire que tout va bien ?
De quelle manière abréger le pas
Face aux parcs, squares et rues
Qui te remémorent vivante ?

Mère, mienne, adorée, Ange présent
Qui te font revivre à mon côté
Qui t’adoucissent l’air et l’âme
Qui s’est enfuit entier ce jour fatidique
De toute ma vie à tout jamais
Te laissant creuse, inerte, nécrosée à vif

L’extension absolue de mes jours !

XVIII
De quelle manière marcher
Par des rues que je ne veux pas regarder
Par les jardins que nous parcourûmes ensemble
Par la stance qui sans toi est creuse et vide
Par la terre qu’ils t’ont prêtée
Par la boue terreuse de ta tombe
Celle qui n’aurait dû jamais t’accueillir
Celle qui me tourmente
Celle qui me tue lentement
Au jour le jour.

De quelle manière continuer à respirer.
Je me le demande…Maman.

XIX
De quelle manière écrire en rapports juridiques
Ton agonie et les rires obscènes de l’assassin
Qui riait aux éclats devant ton lit où ta nécrose provoquée par lui
Privée de sédatifs
Elle avança inéluctable pendant cinq jours

Je me le demande…Maman !

XX

De quelle manière devrais-je décrire l’infâmie ?
De celui qui fut ton médecin ?
En qui, confiante j’ai donné
Ton corps fragile et meurtri !?
De quelle manière continuer à vivre ?
Je me le demande…Maman.

XXI

De quelle manière ?

Parce qu’on ne tue pas seulement avec des scalpels parce qu’on ne tue pas seulement
Avec des microbes et des infections nosocomiales
Parce qu’on ne tue pas seulement
D’un coup de feu à bout portant
Ni avec l’oubli mortel imposé
D’ustensiles oubliés dans le corps
À peine sorti du bloc opératoire
Non…
Parce qu’on ne tue pas seulement
Avec des scalpels !

XXIII
A toi, Maman, ils t’ont tuée avec le silence abyssal
Avec l’abandon prémédité
Avec les regards obliques
Avec les rires obscènes face à ton agonie
Avec des mains qui ne voulurent pas
Enfiler des gants
Ni prendre des seringues pour injecter des calmants.
XXIV
Ta mort fut organisée
Ils se mirent en file droite
Comme des militaires
Ils s’organisèrent en conciliabules
En écrivant la calomnie avec de l’encre noire
Ils se mirent de garde face à la porte
Armés d’uniformes blanc
En cachant leurs armes invisibles
Bien droits et aguerris
En imitant parfaitement
La robustesse polie des soldats.

Ils voulaient m’interdire le pas vers toi
Séparer l’ineffable
Détruire ce qui n’est pas de ce monde
Ils se sont obstinés à être plus puissants que l’infini
A être plus forts que notre amour
Et notre binôme mère/fille indestructible.

XXV
Ce fut pour cela
Qu’ils se mirent tous les quatre
En file droite
Bien droits et fermes comme des rudes militaires
D’acier, de fer et de feux
Comme ceux que nous connûmes.
XXVI

Ils arrivèrent tous en équipe
Compacte comme des régiments organisés
Te tuer en quatre jours
Quatre jours et quatre nuits
Qui ne terminaient jamais
Qui nous laissèrent enfermées toutes les deux
Dans la prison de la douleur
Entourées des rires obscènes
Tandis que toi, douloureuse sur le lit
Dur et froid
Tu agonissais sans sédatifs.

XXVII
Ils arrivèrent enfin comme des militaires
A te laisser te nécroser à vif
De l’intérieur vers l’extérieur
Jetée sur le lit comme un déchet inutilisable
Les quatre assassins hospitaliers
Ils t’abandonnèrent avec préméditation
T’infligeant la douleur extrême
Comme un déchet sans importance
En faisant toute seule
Dans la solitude que je ne pouvais pas briser
Dans une solitude déchirante
L’expérience unique de la douleur finale
D’une agonie imposée par des chasseurs
A une pauvre bête sauvage.

XXVIII

Et c’étaient eux ces féroces animaux sauvages…

Souffrante et agonisante sur un lit dur et froid
Qui programmèrent et qui annoncèrent
Ton cercueil anticipé.

De quelle manière continuer à vivre ?

Je me le demande…Maman.

Nadezhda Gazmuri-Cherniak
In, Poèmes de Mort
Edition bilingue français / espagnol
ISBN : 9782916501345

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