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SOUKOUN POEME

8 avril, 2019 (18:42) | Poésie

 

ARBRE DESSIN A  LA SANGUINE 1981 NADEZHDA GAZMURI-CHERNIAK

 

SOUKOUN

I
Ne me demandez pas pourquoi
Je ne peux pas vous répondre
Pourquoi le soleil ose briser la frontière
Pour fondre la douleur
Et, pourquoi il s’obstine et
M’aveugle.

II
Ne me demandez pas pourquoi
Je ne reconnais pas
Le retour
De mon regard
Qui se reflète dans la glace
Non, ne me le demandez pas.

III
Ne me demandez pas pourquoi
Les vagues m’inondent, m’entourent
Pour raviver la souvenance
Qui s’habille de
La couleur de l’écume
Limpide de l’enfance.

IV
Non, ne me demandez pas pourquoi
J’écris maintenant de droite à gauche
En spirale sans fin
Non…Ne me demandez pas pourquoi.

V
Ne me demandez pas pourquoi
J’écris de droite à gauche
Mais, croyez -moi
C’est un rêve en spirale sans fin
Qui m’habille des tissus inconnus.

VI
En m’habillant de noir
Du même noir de l’encre
Mes mots naissent
En silence.
Aspirant le parfum de la rosée
Aspirant le souffle
Pour faire leur entrée
Sur les ruelles délabrées.

VII
Ne me demandez pas pourquoi
Le futur est condensé
Au fil des temps
Au fil du présent
Aux aguets
Du passé composé des regrets.
Non, ne me demandez pas pourquoi.

VIII
Ne me demandez pas pourquoi
C’est toujours de ce silence secret
Qui m’impose le Soukoun
Que je ne peux pas vous répondre
C’est pourquoi je mets le Soukoun
Dans toutes mes lettres
Et mes mots deviennent ainsi
Secrets.
Imprononçables.
Et silencieux.
Seulement aspirés et murmurés.
Et, j’écris de droite à gauche
Avec des pauses
Je rencontre des lettres qui exigent
Orgueilleuses
Rester détachées.
Elles m’interdisent
Que je les lie.
Je fais le silence.
Mais non, ne me demandez pas pourquoi
Je ne peux pas vous répondre
Et je fais le silence
Avec le Soukoun sur mes lettres
Avec des pauses et des lettres isolées
Qui ne peuvent pas se lier
Elles doivent rester
Comme moi,
Isolées.

IX
Ne me demandez pas pourquoi
L’extension de mon rêve
Est incapable de voir
La lueur de l’impossible
Mon rêve méconnaît les limites
Qui impose la prudence.

X
Ne me demandez pas pourquoi
Je ne peux pas vous répondre
Je fais volontairement ce silence
Je mets mon voile noir comme mon encre
Pour laisser tous mes mots en silence.
J’écris mes lettres et je les tais avec le Soukoun
Sur tous les mots qui doivent rester
Étatiques
Sur mes phrases imprononçables.
À présent, vous le savez…
Je vous l’ai dit
J’écris de droite à gauche.

XI
En écrivant de droite à gauche
Des nouvelles dates surgissent
Sur le papier immaculé.
Elles brillent et ravivent les phrases
Des pressages révélés
Révélant les rêves qui sommeillent
Sous les feuilles
Non, ne me demandez pas pourquoi

XII
Mais regardez-les…
Je mets des Soukouns sur mes lettres
Elles restent comme moi,
Isolées,
En silence
Tandis que j’écris maintenant de droite à gauche.

XIII
Ne me demandez pas pourquoi
Je suis Apatride
Ils m’ont volé tous mes agendas
Je ne trouve plus mes adresses et
Je marche sans reconnaître les rues.
Ils m’ont usurpé mes calendriers
Pour que j’oublie mes dates.

XIV
Ils m’ont rabaissée
Ils ont piétiné sur mes rêves.
Ils m’ont giflé
Des gifles invisibles
L’on ne voyait pas les bleus !
Cette laborieuse besogne

Leur exigeait une habitude,
Pratiquée avec excellence

Et dextérité
Car les traces violacées
Qui s’étendaient sur mon visage
C’est moi seule qui les voyais
Et, tous restaient étonnés
Impossible de les convaincre
Que j’étais blessée.

XV
Ils m’ont giflé
Pour que je comprenne
Quelle serait ma destinée
Au sein de ce pays
Que j’avais si mal choisi.
Pour que je regarde bien nettement
Quelle serait la couleur
Qu’ils m’avaient réservée.
Et c’était un choix qu’ils avaient fait
Seulement pour moi.
Dans ce pays que j’avais très mal choisi
Et, pour que je distingue
Bien nettement
Quelle était la seule couleur de la nuit
Qu’ils m’avaient réservée,
Elle n’était pas celle
Que j’avais si bien préparée.

XVI
Ne me demandez pas pourquoi
Je suis Apatride
Mais en écrivant de droite à gauche
Je retrouve mes adresses
Je retrouve des dates anciennes et
La vraie couleur de la nuit
Enfin, Elle, silencieuse
Me laisse hiératique
La couleur de la nuit
M’appartient.

XVII
Je l’écris, mon nom, avec de l’encre noire
Je me couvre entière
D’un voile noir
La même couleur
Le même noir de mon encre
Avec laquelle
J’écris mon nouveau prénom
Écrit en arabesque
Il reste indélébile
En arabesque de droite à gauche
Avec de l’encre noire
Mon nom est écrit en spirale
Et sur les lettres je mets le Soukoun
Les mots m’accueillent avec vitesse
Vertigineuse
Les lettres s’élancent
Avancent
Sveltes, dansantes
Ne me demandez pas pourquoi.

XVIII
En écrivant de droite à gauche
Je retrouve des vieilles dates
Je retrouve des vieux agendas
À l’encre déteinte
Je peux à peine reconnaître les noms
Des ruelles qui signalent
Des numéros inconnus
Sur les murs très sales,
Noircis de leur passé incertain
Des rues bétonnées
Des anciennes demeures.
Je retrouve des vieux calendriers
Où sont inscrites les vieilles dates
Que je ne reconnais pas.

XIX
Ne me demandez pas pourquoi
Je ne pourrai pas vous répondre
Pourquoi je suis Apatride
Ils m’ont volé mes cartes
Pour que je me perde
Pourque je ne trouve pas la voie.
Pour que je vive égarée.
Et que je désapprenne
Le sens du Sacré.

XX
Ils m’ont volé mes agendas
Pourque je ne trouve plus ni les noms
Ni mes adresses.
Ils m’ont spoliée
Dépossédée, et
Je désappris le mot appartenance.
Je désappris les verbes simples
Qui modulent la vérité
Isolée,
impossible de conjuguer en partage
Le sens du Sacré.

XXI
Je n’ai plus de maison
Ni de foyer sur terre
C’est ainsi que
Je rendis les clefs
J’effaçai toutes mes signatures des contrats
Nul besoin de carte d’identité
Nul besoin de passeport
Pour traverser
Pour la dernière fois cette frontière.

XXII
Ne me demandez pas pourquoi
Je ne peux pas vous répondre
Pourquoi ils m’appellent Apatride
Et je ne sais pas pourquoi
Pourquoi ils m’ont tant répété
Que celle-ci n’est pas ma terre
Ils m’ont tant crié
Sans peur de leur écho !
Qu’il n’y avait plus de place
Pour semer, ni planter
Les graines éternelles
De l’espoir.

XXIII
Ne me demandez pas pourquoi
L’extension de mon rêve
Est incapable de voir
La lueur de l’impossible
Mon rêve méconnaît les limites
Qui impose la prudence.

XXIV
Ils m’ont volé mes agendas
Je ne trouve plus ni les noms
Ni les adresses
Où aller me refugier
Car je suis délogée
Je suis dépossédée
Et je ne trouve plus personne
Parmi les rues bétonnées.

XXV
Ne me demandez pas pourquoi
Tout est possible
Si j’aspire le souffle de l’air marin
Si j’aspire le parfum humide de la rosée
Tout est possible uniquement parce que
Le rêve réclame sa place
Exige ses droits
Que ces voleurs

Du Sacré

lui avaient usurpé
Vous me demandez pourquoi ?
C’est uniquement en écrivant de droite à gauche
C’est en me couvrant entièrement d’un voile noir
C’est uniquement en écrivant de droite à gauche
Mes noms et prénoms en spirale constante.

XXVI
Non, ne me demandez pas pourquoi
La capacité immense de mon rêve
Ne connait pas l’extension
Interdite
Qui nait et se dérobe
Parmi les voiles transparents
De ma démesure.

XXVII
Ne me demandez pas pourquoi
L’extension de mon rêve
Elle est incapable de voir
La lueur de l’impossible
Mon rêve méconnait les limites
Qui impose la prudence.

XXVIII
Ne me demandez pas pourquoi
Le rêve étouffe les anciens échos insolents
Et lapide sans pardon les voix obscènes
Je sais seulement vous dire que
Maintenant j’écris de droite à gauche
Et que j’obéis aux lois invisibles
Le silence
L’étatique silence qui pourtant murmure
À mi-voix.
J’obéis au silence qui m’impose le Soukoun.
Ne me demandez pas pourquoi
En écrivant de droite à gauche
J’accueille et
Je suis accueillie
Dans l’immense espace étendu
De ma nouvelle identité.
Dans l’espace lumineux de ma page limpide
Qui est capable
De présager l’extension
De ma nouvelle demeure.

XXIX
En écrivant de droite à gauche
Le rêve devient indestructible
Mon rêve ne laisse personne
Qu’on se moque
De sa courageuse démesure
De son pouvoir de couvrir
Des nouvelles extensions sans limite
Mon rêve expulse les intrus
Il met des barbelés
Pour que je poursuivre
Hiératique,
Couverte toute entière d’un voile noir
En écrivant de droite à gauche
La voie de ma nouvelle identité
Celle qui se construit
Avec l’assurance de savoir
Que je pourrai conjuguer le présent
Avec l’ancienne insouciance
Légère et cristalline
Même si à l’appel
D’un nouveau dialogue
Manqueront des temps inopportuns.
En écrivant de droite à gauche
Se construit en silence le socle
D’un foyer transparent
Qui transmet la souvenance de l’enfance
Faite des arbres centenaires, océan et terre parfumée.
Je commence à écrire
À l’encre noire
Hiératique
Toute entière couverte d’un voile noir
Ne l’oubliez pas
J’écris maintenant de droite à gauche
Et les mots apparaissent en spirale
Elles s’élancent
S’allongent vers le Ciel
Elles sont toujours porteuses
Des messages de l’Au-Delà.

XXX
Ne me demandez pas
Si je le sais.
Mais vous…
Le saviez-vous ?

Nadezhda Gazmuri-Cherniak
POÈMES -SOUKOUN
Bilingue Français Arabe et Syro-Libanais
ISBN : 97882916501406
*[En écriture et à la recherche d’un Mécène et éditeur étranger
Pour quitter la France]

ARBRE DESSIN A LA SANGUINE 1981 NADEZHDA GAZMURI-CHERNIAK

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