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LE FILM DE COSTA GAVRAS ADULTS IN THE ROOM : CHEF D’OEUVRE D’ART CINEMATOGRAPHIQUE

20 novembre, 2019 (20:05) | Non classé

COSTA GAVRAS       ADULTS IN THE ROOM

 

LIMINAIRE

Chers Lecteurs,

Hier soir j’eus le privilège d’assister à la séance-débat du dernier film de Costa Gavras, Adults in the room en présence du réalisateur lui-même,  une généreuse invitation dont je me suis vue graciée et, elle m’a donné la chance unique d’entendre Costa Gavras et de pouvoir intervenir avec une question, il y a des chances dans la vie qui n’arrivent qu’une seule fois.
En dépit de qu’il refuse que l’on évoque toute implication de « message » dans ses films et qu’il insiste que le cinéma soit du « spectacle » je dois lui répondre ceci : Certes, il faut refuser les lieux communs dans les exégèses artistiques, nonobstant, en pour écrire cette critique du film, nous allons emprunter la pertinente devise d’André Malraux, « l’artiste s’exprime pour créer et non le contraire, » elle enferme en elle-même une deuxième vérité inéluctable et inhérente à la création esthétique, toute expression artistique quelle qu’elle soit, transmet aux spectateurs un message implicite, il est silencieux et se découvre en faisant l’exégèse de l’œuvre, je pense que ce que Costa Gavras veut éviter est que l’on exclue de l’analyse de ses films, les composantes purement cinématographiques de son art, pour errer comme le font la plupart de critiques de cinéma actuel, dans des tergiversations qui ne sont pas de l’art du cinéma, en laissant l’essentiel à la marge.

CHEF D’OEUVRE D’ART CINÉMATOGRAPHIQUE
Ce dernier film de Costa Gavras est un chef d’œuvre accompli par une pureté d’expression plastique comparable à un cristal catalyseur de la crise existentielle des grecs produite par un élément exogène maléfique, l’action néfaste d’une force mondiale suprême, l’Argent.
Le film s’ouvre sous une musique grecque enivrante, pour celui ou celle qui a du sang oriental dans ses veines, le début du processus de catharsis est mis en œuvre instantanément.
A ce premier mouvement d’ouverture le suit le corpus central, où les forces en contradiction se centrent dans le personnage principal, l’acteur Christos Loulis s’investit avec totale maîtrise de la scène pour incarner ce ministre d’exception qui est Yanis Varoufakis, plus que charismatique, nous devons le nommer un phénomène, à la marge de tout ce que l’on peut imaginer comme représentatif d’un politique et d’un économiste, ce qui fait sa singularité, un être hors norme et singulier de fond en comble, c’est cela un phénomène.
Le réalisateur a fait appel à une équipe d’acteurs qui maîtrisent à la perfection leur art.
L’acteur principal est doué d’une force expressive qu’il sait conduire consciemment en conjuguant à la perfection trois éléments essentiels dans l’art cinématographique, à savoir : le maniement gestuel, le mouvement dans la scène et, l’usage de la parole et du regard.
Quand dès si tôt dans la vie nous avons fait l’entrée dans l’imaginaire et procédés de la tragédie grecque, nous sommes habilités à découvrir les procédés et mécanismes de cet art qui a fait faillite en Occident, un ouvrage de référence, La mort de la tragédie de George Steiner.
Costa Gavras fait preuve du contraire.
Il maintient vive cette force inouïe de l’humain que la plupart des pays européens ont étouffé dans l’océans du virtuel.
L’essence même de toute la tragédie grecque est celle d’interpeller le spectateur, par la force des éléments contradictoires, des forces mises en jeux par les personnages « agónicos » (Miguel de Unamuno) au sein d’une dialectique des voix polyphoniques qui se voient confrontées à l’inéluctable force du destin qui les passe à la trappe. Le problème majeur de cette force funeste mondiale est le culte de l’argent, invisible force, mais représentée par une poignée d’hommes que nous observons par le cristal d’une caméra aux Rayons X où se déchaîne la « nature humaine » la plus représentative de forces obscures et négatives.
SPECTACLE ET CATHARSIS
L’Art de Gavras est sans ambigüité dans la mise en œuvre des éléments plastiques.
Les critiques l’appellent de gauche et engagé, et son film a été fort critiqué uniquement par le moyen des expertises économicopolitiques. Elles sont le noyau de la tragédie, certes, mais…
Est-ce que ces catégories exégétiques nous éclairent sur son art ? Certainement pas, raison pour laquelle nous refusons de le cataloguer sous l’exégèse et références qui nous offrent ces deux catégories d’ordre strictement politique et, qui méritent des analyses en dehors de « commentaires » cinématographiques. L’engagement de Gavras est ici l’expression de l’absolu artistique en « langage cinématographique » par le moyen des ressources esthétiques qui lui sont inhérentes : musique, paroles, regards, étant le montage la partie fondamentale de son jeu fait de coupures, ouvertures et fermetures des portes, irruption intempestive de la musique, et les mises en scène calculées au millimètre, où se greffent à la fin une série de procédés expressionnistes que nous rappellent le dernier film de Serguei Loznitsa :Une femme douce , cependant, Gavras, utilise les touches expressionnistes avec une sévère mesure et subtilité, la foule en extase, le chœur de la tragédie grecque, le peuple silencieux qui sans parole se met face à face au ministre pour ensuite lui tourner le dos en silence et les membres de UE qui remplacent les mots par le moyen d’une danse destinée à accabler le Président.
EXODOS
De sa fine structure réussie, fait irruption la fin cathartique, le spectacle prend fin avec des phrases terribles elles nous ont « saccagé l’âme » pour employer cette phrase décisive de George Steiner qui qualifie l’action de tout art dit « sérieux » « ce peuple grec qui survie avec héroïsme »
CONCLUSION
Le spectacle dont parle Costa Gavras a pris fin, mais l’EXODOS a opéré chez nous la catharsis ; sa tragédie faite art cinématographique, se fait acte dans ce peuple grec héroïque qui s’exprime euphorique et ensuite dans un silence digne et terrible sorti des tréfonds de l’humain.
Le peuple grec a une place dans la Cité, car il est le représentant des valeurs universelles, nous formons partie de la même tragédie du peuple grec, sa cause nous la faisons notre cause ontologique, notre lutte pour une vraie justice. Si la force antagonique agit dans une illégalité en dehors des Codes européens, en se faisant maître de l’illégalité, le « message tragique » de cette œuvre d’art cinématographique, faisons-le vivre dans une réponse éthique à la manière d’ANTIGONE qui croit aux « lois non écrites. » Elles sont profondément insérées dans une morale sacrée.
Nous aussi, nous avons nos lois marginales à celles de nos adversaires. Nous, peuples humiliés, nous sommes unis par cette voix antique qui révoltée, aux échos éternels, ne cesse de retentir depuis des siècles.
Costa Gavras est un artiste génial, il doit nonobstant accepter que le message ne puisse sous aucun prétexte se laisser à l’écart de l’exégèse et le message ne peut rester déraciné de l’art, il n’est pas sa raison d’être, mais la résultante, qui se fait acte devant le spectateur, le message opéra de l’intérieur par la magie de l’Art, où lui, le cinéaste-démiurge a accompli son œuvre, qu’il laisse en offrande à son public, nous sommes devenus des êtres fragiles pendant une heure et demie, parce qu’à la tombée du rideau, en s’allumant les lumières, nous sommes apparus tous ensemble submergés d’émotion, par cette œuvre fulgurante, nous sommes sortis remplis d’empathie pour le peuple grec et sa douleur que je fais mienne, grâce à cette œuvre somptueuse d’images, musique et acteurs de premier ordre.
Nous avons vécu une heure de magie submergés dans un émerveillement plastique et émotif…le Pathos a pu enfin trouver ici toute sa place.

Nadezhda Gazmuri-Cherniak

 

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