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GIGANTISME LA NOUVELLE PATHOLOGIE SOCIÉTALE FRANÇAISE

8 septembre, 2020 (07:01) | Non classé

                         GIGANTISME

 

 

 LA NOUVELLE PATHOLOGIE SOCIÉTALE FRANÇAISE

 

 

Chers Lecteurs,

Quand j’ai lu la nouvelle sur l’Internet comme tous les matins, car je n’allume ni le poste de télé ni n’achète la presse pour savoir ce qui se passe dans ce monde des fous,  je n’ai pas cru que c’était un fait réel, et ma première pensée fut de penser qu’on annonçait avant la date d’inauguration, la création d’un projet urbain comme tant d’autres qui ont enlaidi Paris et détruit tout son charme de jadis, mais non, c’est un fait réel et son installation un fait incontestable ; la naissance d’une pharmacie géante au sous-sol des Halles.

Quand je suis arrivée en France dans les années 80, j’ai pu profiter des derniers vestiges de la vieille France, des grandes personnalités du monde de l’art disparurent, l’Académie de la Grande Chaumière cessa d’offrir maîtres, massiers et modèles vivantes de qualité qui faisaient rêver, et les petits artisans dispersés par tout Paris dans leurs petites boutiques disparurent peut à peu pour déserter définitivement et laisser la place aux commerces industriels géants.

Depuis mon adolescence, douée que j’étais pour ce faire, j’ai coupait les cheveux à mes parents, là-bas, dans mon pays d’origine, à l’époque de ma jeunesse, tous les quinze jours, passait un affileur des couteux et ciseaux, poussant son chariot par les rues de Santiago, il sifflait pour prévenir aux gens qu’ils pouvaient sortir pour affiler leurs couteaux fatigués, dans quelques minutes de les passer sur la roue, il  les laissait comme neufs, à présent ici et là, tout objet est dès la naissance voué à disparaître dans le temps prévu par les industriels qui inventèrent l’obsolescence, dès la création et mise  en vente d’un objet ; contrairement aux humains, leur mort est déjà prévue avec une date précise, au bénéfice et profit pécuniaire des industriels ; face à la nécessité, nous sommes obligés à contribuer à que leurs comptes en banque se tournent aussi vers la gigantosité, assurant leur bien-être et leur assises confortables, tandis que nous  sommes condamnés à creuser notre propre appauvrissement, en satisfaisant leur avidité.

Je proposerais de lutter contre ce terrible paradoxe imposé par ces profiteurs de notre vie, mais je sais que mes souhaits sont vains, la course massive pour la consommation est devenue une pathologie d’ingestion de nourriture industrielle de manière compulsive ; à présent ce ne sont pas les objets d’art qui inspirent la consommation sans retenue, ceci est un idéal perdu, car la course frénétique pour acquérir les derniers modèles d’articles superflus est la seule pérennité de conduite sociétale assurée.

André Lhote dans sa correspondance avec Jacques Rivière et Alain Fournier, dans une de ses lettres il leur disait qu’il aimait ceux qui se ruinent pout acheter des objet d’art, certes, ces achats, ces acquisitions sont louables ; quand je travaillais, je me ruinais chaque mois pour construire petit à petit ma bibliothèque et chaque mois se remplissaient encore plus mes étagères de CD de musique classique, sans lesquels comment pourrais-je survivre ?

J’ai des petits ciseaux depuis une vingtaine d’années dont je m’en sers pour me couper les cheveux moi-même, je ne mets pas les pieds chez les coiffeurs, elles commencent à être hors usage et, il n’existe point de boutique pour affûter ni nos couteaux ni nos ciseaux. Cordonniers ? Ils restent aussi rares que les affileurs, ils ont fermé boutique face à l’invasion de baskets et chaussures aux semelles en caoutchouc.

Avant, où c’était mieux avant, il y avait aussi des petites boutiques charmantes, où à la vue de tous, devant une vitrine, une remailleuse reparait les bas et les collants. Imaginer ça de nos jours est impensable. On achète des bas très chers, logiquement que par trop marcher ils sont vite effilochés, allez ! On les jette, achetez vite des nouveaux ! Vous êtes appelé à grossir le compte en banque des industriels et à réduire votre minuscule budget mensuel ! Il était de même avec les couturières.

À présent tout est jetable, provisoire, l’idée de pérennité n‘est pas de notre monde, les donneurs de leçons essaient d’éduquer les « démodés », chercher la durée pérenne est « ringard », leur devise philosophique typiquement française, qui s’applique aussi bien au domaine spirituel que factuel est celui de « se faire plaisir », il faut ajouter, oui, mais jamais dans la durée, il faut tout obtenir, rapidement et dans l’instantané.

« Se faire plaisir » est une obligation, elle a des connotations philosophiques qui dessinent le caractère français de cette époque post moderne, plaisirs éphémères, dans le sens factuel et figuré, vivre au sein de la société française va vous combler, car toutes les aspirations humaines sont vouées à disparaître.

Les sentiments que l’on pouvait protéger et faire grandir avec le temps, tel que des fleurs qu’on pouvait cultiver avec patience dans notre jardin, disparaissent de nos jours, voués à mourir par obsolescence programmée au même rythme que les imprimantes usagées.

 

Les supérettes où l’on pouvait échanger tous les jours avec la patronne pour parler de tout et de rien, tandis que nus remplissions notre panier des produits frais, sont pour l’heure un objet précieux dont seul les petits villages peuvent encore garder comme un de leurs trésors du patrimoine français.

Je ne vais jamais aux grand supermarchés, le seul fait de regarder ces étalages remplis de nourriture comme s’ils étaient destinés non à nourrir une clientèle d’un petit arrondissement, mais la planète entière en une journée, me donne le vertige et me coupe l’appétit, c’est cauchemardesque.

Quand j’avais commencé à remplir des dossiers, pour obtenir une mutation de ma chambre HLM de 15m2 ,  une prison faite pour abriter un nain, et non  destinée à  jeter une artiste peintre, (à mourir de rire ), une seule chose s’imposait, déménager vers un F2 très loin de Paris, pour accomplir les démarches administratives, sans lesquelles rien ne peut se faire en France, il fallait marquer nos souhaits, en discutant avec des jeunes et charmantes gestionnaires, elle me demandaient mes souhaits, je leur  répondis ceci :  je pense que m’attribuer une HLM ne sera pas trop difficile, car à différence de tous les candidats, je ne veux pas le «centre-ville » pour aller trouver les mêmes torts de Paris ! Rencontrer des petites idiotes qui font leur shopping, être obligée à descendre au métro nauséabond et me voir engloutie dans le béton, à l’intérieur d’une cellule comme à l’extérieur d’une ville insérée dans le gigantisme, n’est pas la manière où j’envisage de vivre et gaspiller misérablement la dernière étape de ma vie !

Elle m’a répondu : PATIENCE !

Oh, patience ?!  J’en suis l’exemple vivant.

Donnez -moi un petit village très loin de la ville, de préférence en milieu rural, qu’il y ait un bus pour aller au bord de mer, une supérette et une petite pharmacie, c’est tout ce dont j’ai besoin et c’est ce qui me suffit pour vivre, et ces petits éléments combleront toutes mes aspirations, mes souhaits son simples. Je n’ai pas trouvé de rubrique sur le formulaire de demande de HLM où marquer mes besoins d’océans, des plages solitaires et rustiques, des paysages faits pour aller faire des croquis, de silence et solitude, non, cela n’entre pas dans les critères de sélection d’une HLM. Cela ne peut que se dire en Sotto Voce, à condition de trouver le bon interlocuteur, une tâche très difficile, mais R.M. Rilke disait que « tout ce qui est grave est difficile. »

Bon, j’espère que le miracle se produira bientôt. Je crois encore aux miracles …

Cette pathologie nommé gigantisme a été importée de États-Unis, elle est arrivée s’installer en France pour lui ôter le dernier trait qui faisait de Paris une ville à part, à présent, elle est « comme toutes les autres ville du monde » et, l’uniformité s’est obtenue par le nivellement par le bas, cette uniformité dans le gigantisme doit plaire aux maires dotés de nanisme spirituel.

L’anéantissement de Paris se fait dans l’uniformité, mais il va de pair avec le gigantisme.

 

Nadezhda Gazmuri-Cherniak

 

 

 

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