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PASSION DE RYUSUKE HAMAGUCHI

23 mai, 2020 (20:04) | Non classé

PASSION

 

 

ENTRE TERRE DE SIENNE ET JAUNE DE NAPLES

 

 

Les personnages su film Passion glissent entre les tonalités de Terre de sienne et Jaune de Naples, une Passion, c’est film du jeune artiste réalisateur japonais Ryusuke Hamagouchi.

Le film s’ouvre d’après la palette d’un artiste-peintre qui a choisi sa gamme pictural et poétique, il ajoute la gestuelle et musicale.

Cette œuvre réalisée en 2008 est le premier film de Hamagouchi, ce dont la pire de critiques existantes, la française, se charge bien de le souligner pour le qualifier « d’hésitant ». Ceci est un absurde monstrueux. Ce cinéaste a réalisé dix films, or, si nous n’avions pas eu connaissance par nos recherches que ce film correspondait à son travail de fin d’études, la maîtrise absolue de cet artiste en matière de cinéma, nous permet aisément de qualifier son film comme celui d’un cinéaste expérimenté et mûr, pour ce qui est de la maîtrise de tous les éléments nécessaires mis en œuvre pour qu’un film soit un acquis sans conteste.

Les critiques français ? oubliez-les si vous êtes intéressés à lire une interprétation avant de vous faire vous-mêmes la vôtre.  Ils nous emmènent vers une destruction absolue.

Le film s’ouvre par des contrastes de vues panoramiques de la ville à l’aube et de nuit, contrepoint citadin qui est le premier symbole qui opère pour nous offrir un préambule décisif d’une série de contrastes ultérieurs.

Le noyau du conflit se situe entre deux couples de jeunes dont l’un est prêt à se marier, l’autre attend son premier enfant, des jeunes universitaires, où un seul d’entre eux travaille dans une entreprise et il est le deuxième élément de contraste entre les jeunes intellectuels, dont la future mariée qui vit déjà en couple est une jeune professeur, toutes les deux « féministes et indépendantes » en matière de « sentiments ».  Cette jeune professeur de mathématiques agit comme élément de contraste aussi bien par l’autorité qui lui octroie sa discipline que par le sujet métaphysique de son discours, c’est autour de ce « personnage romanesque féminin » que les autres personnages agissent et, que grâce à leur intervention surgit le pouvoir de la parole qui sera en fin de comptes, le seul personnage central du conflit.

Mais ce « personnage » fictif, qui agit par intermédiaire des actants secondaires, transmet un « message métaphysique ».

Nous affirmons d’après notre conviction profonde, faite d’une négation catégorique, d’une négation absolue que  Hamagouchi ne fait pas entrer aucun élément du travail propre au cinéaste Bergman ni d’autres cinéastes français comme la critique française prétend convaincre.

La critique française est pauvre et faite par des ignares en question d’art plastique et littéraire, dès qu’il se voient confrontés aux « dialogues » ils font entrer en jeu Bergman. Cela leur facilite la tâche, et tout le monde l’accepte. Cette même équivoque s’est produite dans les analyses publiées des films de Zviaguintsev. Il est nécessaire corriger les fausses exégèses qui se retransmettent  à l’infini.

Ce c’est que nous ferons avec notre contre exposé, la négation de ces fausses affirmations critiques doivent se détruire avec un « contre exposé » construit par une nouvelle critique qui dit vrai.

Le réalisateur est un diplômé  de littérature ; au Japon ce cursus est sérieux. Les critiques actuels, sont-ils porteurs du bagage littéraire japonais ancien des millénaires dont il est issu ce jeune cinéaste ?

Connaissent-ils la tradition esthétique japonaise pour affirmer en courtes phrases que ce film est de nature « psychologique et héritier de Bergman ? »

Ici nous sommes confrontés à une réflexion métaphysique sur l’Amour. Le psychologisme est absent.

Les dialogues, chez Hamagouchi sont à différence de Bergman, des touches de pinceaux, des mots lyriques, des gestes et regards qui dévoilent des instants qui s’évaporent, insaisissables, mais que par la magie  de sa réussite artistique il arrive à saisir pour les éterniser.

C’est précisément où Bergman présente  une esthétique des difficiles voies d’une psychiatrie morbide et, où ses recherches touchent toujours les débordements du malsain, dans Passion, toutes les ressources d’expression cinématographique  son indubitablement son contraire.

Chez cet artiste japonais il n’y a qu’une lutte désespérée et angoissée pour saisir l’insaisissable dans l’amour et par conséquent dans la relation amoureuse en double langage, Homme-Femme, exprimé dans la complexité dialogique qu’est «  Le  couple »

Il est très malaisé de confondre de manière grossière dans le film une quantité d’éléments clés qui doivent être clarifiés.

Ils sont en jeu divers éléments  qui procurent le plus grand intérêt dans la structure du  film et, le déterminent de fond en comble.

L’espace : il y a un exposé plastique de premier ordre, un élément qui joue à part entière dans chaque prise, chacune des scènes a été prise avec méticulosité, un autre facteur proprement japonais. L’art fait du minutieux, du délicat, l’art du détail.

Maîtrise de la couleur. Chaque scène est un tableau de maître.

La tonalité, donnée par un artiste-peintre se compose de la fusion de deux couleurs : terre de sienne et jaune de Naples. Parfaitement fusionnées les deux couleurs, et aussi séparées formant un permanent « passage » sans clair-obscur, où seules les prises nocturnes se chargent d’accompagner les dialogues.

Les Prises des scènes d’intérieur. Les ouvertures et fermetures des portes sont un élément théâtral inséré au cinéma sans que pour un seul moment  il y ait une intention de « faire du théâtre » Le cinéaste sait parfaitement doser, inclure et supprimer sans s’éloigner de son matériel :  l’IMAGE.

La couleur chair subtil symbole qui intervient dans une teinte générale, et particulière, les personnages sont tous habillés en ces deux uniques couleurs avec le noir en contraste.

C’est au sein de la toile de fond terre de sienne et jaune de Naples que les personnages sont en mouvement et en dialogue et qu’ils agissent en souffrance retenue ou explosive.

Il y a la mise en scène des symboles de la plus haute importance

*Le couteau, (Un harakiri jamais exécuté.)

* Les silences

*Les non-dits.

*Les regards.

Quels sont les éléments métaphysiques mis en œuvre ?

  1. La présence de la mort.

Le chat disparu renoue conversations, prières, enterrement et ensuite le souvenir d’un grand-père décédé dans des circonstances « réelles bien disgracieuses » mettant en exergue une réalité propre de l’humain bien cru et cruel. Un autre élément que le japonais expose depuis des siècles avec un réalisme oriental.

  1. Le pouvoir accordé à la parole. En dépit que la parole soit le centre de la psychologie et de la psychiatrie, il faut cesser de confondre et de faire la symbiose avec le pathogène psychiatrique avec l’incursion pure dans les tréfonds de l’âme saine, les artistes ne sont pas des « malades » les personnages de fiction ne sont pas « analysables » par intermédiaire de la psychiatrie, la métaphysique abhorre la psychologie.
  2. Les symboles d’équations mathématiques écrits sur le tableau noir par le professeur.
  3. Les mathématiques sont une partie indispensable dans la philosophie, les sont-elles pour évaluer la Passion ?
  4. Existe-t-il un contrepoint possible entre Amour physique et Amour spirituel ? Les traits physiques enferment les composantes d’un amour spirituel, le discours des deux personnages masculins sont les porteurs de cette importante réflexion métaphysique traité en littérature, mais jamais au cinéma avec une telle force faite parole et plasticité.

La violence physique et verbale.

Nous ne raconterons pas l’argument, nous ne sommes pas devant un public d’ignorants comme fait preuve la pauvre critique française qui pense que remplir d’épithètes leurs articles où le pathos doit être exclu, fera l’éloge du film.

Ils disent que « Bergman n’est pas loin ! » Mesdames, messieurs, c’est un absurde de taille, Bergman est non seulement très loin dans ce film, mais totalement inexistant. Hamagouchi n’est pas un analyste des esprits tortueux, atteints de maladies de l’âme, mais l’exposant par l’image et la parole, des personnages pris d’angoisse face aux dilemmes métaphysiques où l’AMOUR, est mis en exergue comme le sentiment formant partie intégrante de l’être humain.

Il n’y a aucun élément maladif, bien au contraire, la recherche de la vérité -contraste avec le mensonge, en duel permanent dans les dialogues, résume l’essence de la philosophie, elle ne peut être exercée qu’exclusivement par des esprit sains, raisonnables et doués des capacités intellectuelles des plus hautes. Ces réflexions sur l’essence de l’Amour est le sujet du film.

Un film est comme un livre, mais qui travaille avec l’image et les éléments qui lui sont propres.

Il n’existe pas de cinéaste inculte, sans acquis littéraire.

Il devrait exister une critique d’art qui lui ressemble.

Enfin, l’éloge doit être dirigé tout entier à ce grand artiste qui est Ryusuke Hamagouchi. Il a très bien choisi ses acteurs. Maître de la lumière, il est à la fois un poète et artiste-peintre avec sa caméra, littéraire sublime pour écrire avec l’image, les voix, les regards et le silence, nous l’avons toujours dit à propos du cinéma, il réussit avec une prise, ce dont l’écrivain nécessite d’une centaine de pages pour le « dire ».

Génie incontestable et artiste complet qui nous fait réalité sensible l’essence de l’humain.

Il fait acte en sa personne un héritage fait de millénaires de culture de l’écrit dont le Japon excelle.

Le Prix Nobel de Littérature 1994 Kenzaburo Oe est un des meilleurs explorateurs de l’âme. Si éloigné des analyses « occidentales ».

Après avoir fait l’expérience émotive, plastique et sensible des images et de se laisser emporter par la magie de l’art du cinéma, art d’une qualité rare à cette époque ; une seule pensée est venue à notre esprit, rien que pour « regarder » une œuvre d’art « sublime » comme l’est PASSION …Il vaut la peine de rester en vie.

Une réflexion métaphysique incontournable.

 

Nadezhda Gazmuri-Cherniak

 

*Passion est le titre en français du film du jeune réalisateur Ryusuki AMAGUCHI.

Sublime n’est ici ni épithète ni un éloge, mais une définition esthétique et philosophique. Traité du sublime Longin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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