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CLARA

4 janvier, 2020 (10:45) | Non classé

CLARA

PREMIER CRIME FRANÇAIS

 

LE PIANO

https://youtu.be/1pLXeuKMlsc

“A Maman, créature sublime et lumineuse, la plus belle, et talentueuse, remplie de bonté, d’amour, silence et musique que Dieu n’a jamais créée. »

https://youtu.be/EMkELvW39oE
https://youtu.be/JUfjHcysgEU
https://youtu.be/JUfjHcysgEU

 

 

Quelques années après notre installation à Paris, déjà naturalisée et en train de travailler à l’Education Nationale, Ô ! l’erreur de ma vie, choisir de faire carrière au sein de l’éducation nationale ! La première chose que j’ai faite fut d’acheter un piano à Maman, après des années qu’elle avait tout enterré quand papa est mort, je l’obligeai à reprendre son piano, elle me disait : « mais, ma petite, pourquoi tu vas dépenser et te sacrifier ! Je ne donnerai plus jamais de concert, cela ne se justifie pas, je suis déjà vieille, pense à toi »
J’insistais, tu es pianiste, tu ne peux pas oublier la musique, tu es la musique même, je ne supporte pas de te voir mutilée, tu joueras pour toi-même, en souvenir de papa qui t’admirait tant ! Si tu ne joues plus, c’est une trahison, tu ne peux pas faire ça, nous irons l’acheter le mois prochain. » Et, nous allions ensemble choisir des partitions rue de Rome.
Et, le mois suivant, après recevoir ma paie, je l’emmenai à la meilleure maison de vente des piano, à côté de la Salle Pleyel, pour que Maman essaie et choisisse son piano, je pensais l’acheter avec des mensualités, et signé mon contrat dit « de location-vente », optimiste comme d’habitude, avec ma seule paie, pour deux personnes, Maman, n’avait aucune retraite et aucun revenu, il était impossible de payer son piano autrement qu’à crédit. Je me suis appauvrie pour venir à Paris « en mission artistique » j’avais lapidé tout notre argent et tous nos biens au Chili, tout l’argent qui nous laissa papa, le fruit de toute sa vie de travail, première et irrémédiable idiotie.
Mais, la descente aux enfers au sein de l’Education Nationale ne s’est fait pas tarder, quelques temps après, une inspectrice espagnole que je n’oublierai jamais, après une longue inspection et conversation m’a dit : « mais qu’est-ce que vous nous faites, seule avec votre mère et vous ne passez pas le Capes ?! Vous allez vous inscrire toute de suite, oubliez le « Collectif de non-titulaires ! Vous allez vous inscrire au Capes Interne, car vous travaillez chez nous, les inscriptions ferment la semaine prochaine. Vous l’aurez tout de suite ! »
Je lui ai obéis.
Le jour de nous présenter pour « passer l’examen », à la porte d’entrée, mon « Collectif de non titulaires » faisait une manif contre le fameux concours et, à juste titre, ils virent ma présence comme une trahison, moi, qui lors de réunions contre le Capes prenais la parole à la Bourse du travail, ne manquais aucune réunion et manif de rue ! J’étais une des plus virulentes activistes contre ce fatidique et stupide concours. Et, mes collègues du collectif, quand ils m’ont vue ! Ô tohubohu !  » Toi ici ?! Tu nous trahis ! »
L’épreuve, fut une analyse de texte, un poème. Je suis sortie victorieuse.
Peu après, mes collègues se précipitèrent au minitel, à l’époque nous n’avions le merveilleux internet ! Et moi, je n’avais le minitel chez moi. J’écris mes deux thèses à la machine à écrire !
Et, s’est produit le scandale du siècle au Lycée. Mémorable ! Elles ne croyaient pas ce que le résultat donnait : les correcteurs m’ont mis un ZÉRO pointé ! Non seulement mes collègues étaient indignées, elles se sont écriées : « mais, qu’est-ce qui se passe ici ? ! nous avons eu le Capes et nous sommes des bousilleuses ! Mais toi… ?! »
Le Proviseur, d’origine espagnole, fort sympathique et, chose rarissime au sein de l‘éducation nationale, un homme de vaste culture et très intelligent, un ancien Professeur d’espagnol qui, sachant parfaitement des torts de l’enseignement de l’espagnol en France, préféra devenir Proviseur ; il m’exigea d’écrire une lettre recommandée et demander une copie de mon examen, « je vais voir ce qui s’est passé, quand vous la recevrez, vous venez tout de suite »
La réponse arrivée, je me rendais à son bureau, je n’avais même pas ouvert l’enveloppe ; il l’ouvre, avec son geste habituel de se coller à son fauteuil, vers l’arrière et de sa main droite éloigne la lettre de ses yeux, me regarde et s’écrie !
« Mais que nous faites-vous ?!!!
Avec une analyse de texte pareille, votre zéro ne m’étonne pas ! Avec une épreuve comme celle-ci, vous dites au correcteur, vous êtes un imbécile ! Dans cette analyse vous déployez toutes vos compétences intellectuelles, vous ne savez-pas que la plupart du temps nous sommes corrigés par nos pairs ? Il n’y a rien de plus médiocres et jaloux !
Je lui répondis : mais, monsieur le Proviseur, la connaissance et la maîtrise d’un savoir ne se régule pas comme la clé du robinet ! Dans tout examen, on nous demande d’exceller, nous devons faire preuve d’excellence et c’est bien une concurrence, qu’on le veuille ou non !
Vous faites erreur, jamais au sein de l’éducation nationale !
J’avais déjà eu une très ancienne inspection que j’avais moi-même exigée. Le sujet de mon cours ? Les écrivains de la génération du 98 en Espagne.
Mes élèves qui m’estimaient beaucoup, me demandèrent : que devons-nous faire Madame, pour vous aider ?
Absolument rien, surtout faites comme moi-même, oubliez l’inspecteur qui va se placer au fond de la salle. C’est après qu’il parlera avec moi, vous devez être ce jour-là, comme tous les jours, vous participez comme d’habitude.
Le jour de mon inspection, mes élèves participèrent et mon cours s’est déroulé comme à merveille, ils étaient « mes élèves » le fruit de mon travail avec eux, mais l’inspecteur ne fut pas du même avis, le cours fini, il s’approcha et furieux d’un regard trouble et grisâtre, il s’écrie!
« Vous vous croyez en Sorbonne ici ?!!!
Je lui répondis, non monsieur l’inspecteur, je me crois en Terminale littéraire, cela veut dire pré-bac et je dois préparer mes élèves pour l’entrée en faculté.
Vous devez comprendre que vous êtes fonctionnaire de l’Education Nationale !
Non, Monsieur le Proviseur, je ne suis fonctionnaire, que pour le service de la trésorerie qui me verse ma paie, mais devant mes élèves je suis une intellectuelle, une pédagogue !
Bien sûr ! comme vous êtes la seule qui connais la pédagogie en France!

Non , je ne suis pas la seule, je suis une des meilleures qui connait la pédagogie et qui l’applique. 
Grossière ! Vous êtes comme tous les intellectuels ! Insolente !
La rupture frontale avec l’éducation nationale française était déclarée !
Mon Proviseur, mis au courant de cet incident très ancien, m’a dit : je vais demander votre dossier à l’éducation nationale.
Quand il a reçu l’inspecteur dans son bureau et qu’ils parlèrent de moi, la chemise où devait être ma fiche de service était VIDE !
Ces minables-sadiques avaient occulté les preuves pourque je ne puisse avoir rien contre eux !!
Alors, il devenait une mission impossible tout projet de leur faire un procès administratif ! Tous les avocats que j’ai consultés, m’ont dit : « « quand bien même vous avez entièrement raison, l’éducation n’nationale est un bulldozer qui dit avoir raison, même si elle a toujours tort ! Je ne m’embarque pas dans un procès administratif qui est perdu d’avance. »
Mes postes se furent de plus en plus précaires et mal payés. Mon statut de « Professeur Contractuel » n’allait jamais changer.
Maman triste à en mourir ; je la consolais : Maman que t’importe, ce sont des minables sadiques, oublie. Et, à la fin, j’arrivais à la faire rire, nous rions ensemble de l’anecdote !
Quand je corrigeais mes copies : je lui disais toujours
Maman : « Vous-vous croyez en Sorbonne ici ? « 
Et, Maman éclatait de rire, tout était oublié.
Mais, quelque temps après, l’éducation nationale, pour se venger de mon refus formel de signer « ma démission », me punissait, en me faisant la soustraction de mon dernier salaire, et de mes congés des mois d’été.
J’ai pu arranger l’impossibilité de poursuivre les paiements du piano.
L’état du piano de Maman était impeccable, et le gérant de la maison des pianos n’était pas un vendeur des voitures, il m’a très bien comprise, il l’a revendu toute de suite à une dame et quelques jours après, les déménageurs de la maison de vente des pianos, vinrent chez nous, pour faire la levée du piano.
Je n’oublierai jamais le visage de Maman, silencieuse, un peu étourdie, les bras le long du corps, à l’attitude toujours soumise. Mon contraire absolu et pourtant en symbiose totale.
L’affaire était conclue. J’avais évité une visite d’huissier pour impayés du piano.
Le salon de notre H.L.M. avait une place vide et silencieuse, un espace vide en attendant la mort. Même sans le dire, Maman était accablée. Je le savais, même sans le dire, car Maman ne s’est jamais plainte de rien, je ne l’ai jamais entendue dire un mot de colère, jamais elle n’a prononcé un mot désobligeant, jamais elle ne s’est mise en colère. Maman était revêtue de sainteté. Je sais que Maman fut atteinte de cette deuxième perte du piano. Je sus que plus jamais je n’entendrai plus jamais Le clavecin bien tempéré à neuf heures du matin.
La prière matinale de Maman s’arrêta…sa vie de musicienne aussi. Mais elle écoutait la musique tous les jours et son visage s’illuminait encore plus.
Une nouvelle étape nous allions commencer ensemble, celle de sa maladie, son invalidité, pour qu’enfin, la France lui donne l’estocade finale, et que le deuxième crime français prenne toute sa macabre et ignominieuse forme criminelle en octobre 2013.
L’école de médecine produit des exemplaires qui ressemblent à leurs confrères de l’éducation nationale.
Aussi défendus par la mafia du conseil du désordre.
C’est la France.
Soyez fiers de votre grand pays, la France!

Nadezhda Gazmuri-Cherniak
Paris, le, 4 janvier 2020

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