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FIGURA

20 février, 2021 (14:20) | Non classé

               FIGURA

 

      DÉCOUVERTES ET EXÉGÈSES ABERRANTES

 

« Les mouvements de réaction contre un idéal épuisé perdurent saturés des vestiges de l’idéal qu’ils combattent » dice André Lhote. » « Une nouvelle esthétique est comme l’habitation de l’assassin obsédé par le fantôme du mort. Tout au long des siècles les fantômes des écoles disparues se donnent la main ».

 Pero si un fantasma es una cosa maravillosa, no lo es igualmente un cadáver. Pueden seguir olfateando tumbas todos aquellos que tengan suficientes cualidades para ello. La necesidad de vivir,  armará en cada ocasión de un puñal asesino, la mano ansiosa de la juventud”

                                                               Hernán GAZMURI

                                                      Conferencia en Viña del Mar 1934.

                                                Premier Prix pour son œuvre LE NU JAUNE

Chers Lecteurs,

J’ouvre mon article avec un extrait de la conférence sur la peinture moderne donnée par le peintre Hernan Gazmuri en 1934, à l’occasion de la remise du premier prix qu’il a reçu pour son œuvre Le Nu Jaune ; à présent dans le Patrimoine de la France, offerte par CLARA, sa veuve dans la « Donation Gazmuri »

Ce préambule a été nécessaire, car cet extrait de sa conférence parle précisément du sujet dont Auerbach fait le socle de son essai FIGURA ; le peintre Hernán Gazmuri en citant son maitre André Lhote, remarque la rupture des anciennes écoles et les influences qui perdurent de manière fantomatique pour les faire évoluer tout en gardant l’empreinte indélébile des échos lointains. En somme il y a une évolution, une récréation où l’influence prémonitoire d’une Figura lointaine qui arrive pour se faire acte créateur, activer la récréation accomplie et servir d’exégèse.

Le premier exemple mis en exergue par le peintre Hernan Gazmuri pour expliquer les fondements de le peinture moderne, insiste sur l’impossibilité de se détacher complètement de l’influence des anciennes écoles en dépit de l’indépendance des novelles découvertes, le second exemple traité par Erich Auerbach fait d’une Figura prémonitoire très ancienne et sans aucun rapport avec le présent d’un créateur, la clé exégétique qui dévoilera la source d’une énigme créatrice. À titre personnel, je suis en mesure de confirmer que sans la découverte de cet essai Figura d’Auerbach, l’exégèse de l’œuvre Le Tunnel de Sabato, n’aurait pas eu lieu.

En effet, Le Tunnel, roman assez connu de Sabato, est entouré d’une exégèse profondément erronée qui persiste dans son erreur depuis la date de sa publication ; les interprétations sont infinies, elles vont de la stupide et vulgaire nomination qui est faite de cette œuvre comme l’exemple indubitable d’un « roman policier, à le classer comme une réplique de l’Étranger de Camus, quand ce personnage romanesque est son opposé ! Le personnage de Camus est précisément l’antithèse du personnage principal du Tunnel et cette erronée « explication de texte », se répande sempiternellement depuis sans que puisse être définitivement écartée ; dans les programmes de préparation pour le Bac, les élèves répètent ce que l’officialité ministérielle leur impose, quand bien même il s’agit d’une lecture très mal faite qui débouche sur une aberration exégétique de l’œuvre de Sabato. Ce phénomène est l’oeuvre des mafias intellectuelles qui agissent souterrainement, mais douées d’un abus de pouvoir cuirassé au sein d jury des thèses, pour interdire les découvertes intellectuelles, il faut sortir de la France pour trouver un terrain favorable à la recherche, et ceci est destiné uniquement aux chercheurs aux revenus confortables qui leur permettent de fuir la France.

Je n’avais pas réélu le livre FIGURA d’Erich Auerbach, depuis 1989 quand j’ai commencé la rédaction de mon travail de thèse de doctorat sûr l’œuvre d’Ernesto Sábato : Les Sources Italiennes dans Le Tunnel d’Ernesto Sábato et trois études comparatives. Ce travail de jeunesse fait sous la direction du Professeur Claude Couffon a déjà un passé de trente-deux ans.

Je viens d’emprunter cette nouvelle édition pour lire la préface et la post face que dans l’ancienne édition n’y étaient pas.

A la lecture de cette préface, j’observe que l’on insiste trop sur la source de création de cet essai d’Auerbach ; le lecteur qui découvre Auerbach ou qu’il soit un connaisseur de sa pensée et de ses théories d’exégèse littéraire, ira à l’essentiel et j’estime qu’il n’est pas nécessaire d’insister sur ses origines et sur le fait qu’il se trouvait en exil à Istamboul au moment de sa rédaction, c’est pourquoi je ne la nommerai point « œuvre d’exil ». Rien dans l’élaboration et l’articulation de sa pensée, où il construit les principaux axes où est née sa théorie de « préfiguration prémonitoire » ne peuvent présager ou affirmer que son exil aurait pu lui apporter un éventuel élément négatif ou dévalorisant ; d’autant plus qu’aucune difficulté n’est présente dans sa recherche ; son exil n’a pas eu de répercussion négative dans cet essai, bien au contraire. Raison pour laquelle parler de son exil est utile dans sa biographie et inopérant comme explication de son œuvre et, la préface de son essai.

Il va de soi que la composante biographique est bien utile et bienvenue, il ne s’agit point de les refuser et de les extirper, ce que je veux dire c’est que l’on devient assez pédante et cette même pédanterie intellectuelle finit par occulter l’essentiel ; vous savez que c’est depuis Mikhaïl Bakhtine, que la biographie fut écartée des exégèses littéraires, pour donner toute la place aux sources sociologiques et à l’interaction du dialogisme ; pour l’heure il sont très rares les universités qui perdurent encore avec cette pratique bien éradiquée et absente  des études littéraires. Enfin, il est bien par d’autres raisons que d’aucuns insistent dans cette déviation.

Erich Auerbach est un érudit éclairé et novateur qui a découvert, un élément exégétique me semble -t-il d’une valeur suprême pour le chercheur en matières littéraires, l’introduction de l’exégèse biblique déjà largement appliquée aux textes profanes, mais avec cet adjuvant qui permet de savoir qu’il existe dans l’activité créatrice une possible « prémonition » où intervient une FIGURA qui arrivera pour œuvrer et intervenir de manière déterminante dans l’acte créateur.

Il s’agit des relations, des influences notoires et desquelles aucun artiste, aucun écrivain ne peut s’en détacher ni se soustraire à ses influences, elles seront toujours présentes et, en train d’opérer et de faire écouter leurs échos, greffées merveilleusement dans la continuité créatrice des œuvres nouvelles et à venir.

En prenant comme point de départ la « prémonition » et l’exégèse biblique que d’autres contestent dans Figura, Auerbach établit clairement ce lien de « prémonition », qui lie une figura déjà existante, lointaine et sans aucun rapport avec un présent actant et dynamique mis en œuvre par un auteur de notre époque et que pourtant cette Figura le fera préfigurer une parenté, une source qui sera liée à tout jamais par un fait prodigieux qui les embrasse et qui  grâce auquel, cette première Figura  prémonitoire, donnera la signification, permettra l’exégèse de la nouvelle œuvre, et se prolongera à tout jamais cette chaîne d’héritage indestructible, fait d’art et de littérature.

La postface nous révèle une question importante dans la pensée d’Auerbach, à  différence  d’insister en excès sûr  son exil, cette citation est en revanche importante de la souligner,  je la reproduis ici, car me semble-t-il, elle est d’une importance capitale en ce moment où des destructeurs intellectuels fanatiques, inspirés dans ses haines islamistes, polluent le terrain culturel et artistique avec des thèses mortifères, lisez ce qui dit et rapporte Kathleen BIDDICK « Coming aout of exile : Dante on the Orient(alism)Express », American Historical Review 105/4, 2000.pp. 1234-1249 : «  Auerbach déplorait la modernisation de la Turquie entreprise par Kemal, parce qu’il considérait qu’elle allait détruire une culture « arabe » traditionnelle et qu’elle avait été mise en œuvre dans le seul but de vaincre avec ses propres armes une Europe à la fois admirée et haïe. »

Vous savez que les exégèses bibliques ont servi de  socle pour construire et articuler les exégèses des textes profanes. Avec la découverte d’Auerbach nous avons eu un outil grandiose et d’une valeur inestimable pour construire notre propre thèse.

Après avoir inclut cette importante citation, revenons à la postface ; les Pères de l’Eglise élaborèrent une « perspective figurative » qui fait de l’Ancien testament une préfiguration du Nouveau ; elle garde nonobstant dès sa racine, une claire opposition dès que le Christ  dans sa nouvelle Alliance donne les bases d’une séparation absolue, mais cela peu de théologiens veulent l’accepter; les relations qu’Auerbach établit entre l’héritage théologique sur la « prémonition » que d’aucuns attribuent à l’Ancien Testament comme préfiguration du Nouveau Testament, fut contestée.  La lecture de Nietzsche s’oppose à celle de saint Paul. En fait, nous pensons qu’ il n’y a pas « d’usurpation » mais une véritable préfiguration que le Christ fait acte, sans renoncer à cette préfiguration, il construit une théologie nouvelle, une Nouvelle Alliance qui dans la réalité tout l’oppose à l’ancienne, et c’est dans cette exégèse, où triomphe comme dans l’Art, tout Art, le sens absolu des influences figuratives, prémonitoires indestructibles dans une nouvelle expression qui garde en soi les échos prémonitoires de la Figura, tout en restant nouvelle, et indépendante.

En prenant en considération ces trente années d’écart entre le moment de ma rédaction de ma thèse de doctorat et cette reprise des textes, je pense que j’ai bien fait de ne prendre comme élément exégétique  que l’élément de « prémonition figurative », isolé de toute composante théologique, en retenant uniquement l’élément d’interprétation qui attribue à l’acte prémonitoire la source d’une nouvelle « création », celle que d’aucuns valident dans l’Ancien Testament pour faire l’exégèse  du Nouveau, car  j’estime comme certains théologiens que c’est une exégèse forcée que de voir une prémonition absolue ; le Nouveau Testament est une révélation où tout s’oppose à la lecture historique dépourvue d’absolu et de transcendance dont le Nouveau Testament construit le socle de sa Parole faite Verbe, qui s’accomplit dans l’enseignement et la théologie de l’absolu transcendant. C’est vrai ce qui dit le théologien allemand Rudolf Bultmann, il déclare sans ambiguïté un « échec » dans cette interprétation que saint Paul refusa, car le Christ n’est pas le résultat d’une prophétie réelle, prémonition historique, mais bien un « commencement », opposé de fond en comble à la lecture juive de l’histoire que seule l’église réformiste l’inclut comme sienne. La lecture de Nietzsche est encore plus erronée.

L’Ancien Testament une anticipation du nouveau ? Une Figura du Nouveau Testament ? Celle-ci est l’interprétation chrétienne du Nouveau qui subordonne l’Ancien à la vérité du Nouveau comme indestructible.

Cette prémonition figurative acquiert la qualité d’une prophétie vraie qui annonce la venue du Christ. Une histoire qui préfigure le futur qui se fait acte et qui n’est plus « prémonition » mais une réalité accomplie. Certes, dans cette lecture ils voient vrai ; c’est en prenant la vérité scripturaire du Nouveau Testament où le Christ dit : « je ne suis pas venu pour abolir la loi, mais pour l’accomplir » (Mathieu 5-17), mais parce que dans l’acte d’accomplissement il y a un changement radical qui bouleversa de fond en comble les Écritures et la Loi, car c’est en créant une Nouvelle Alliance où apparaissent les écarts, ils sont notables aussi bien dans le fond que la forme.

Dans le domaine qui est le nôtre, l’art et la littérature, cette prémonition figurative a été décisive pour notre exégèse,  nous avons fait participer les influences des anciennes écoles, celles  qui arrivent  comme des hôtes obsessifs  pour participer à l’acte créateur  de l’artiste dont parle André Lhote et  que son disciple Hernán Gazmuri  renouvelle et enseigne avec une nouvelle autorité plastique ; c’est avec ces deux éléments  d’interprétation que nous avons pu construire notre propre nouveauté exégétique et pluridisciplinaire du Tunnel,  en insérant la décisive  découverte d’Auerbach pour donner une place suprême à la source  italienne, cette Figura prémonitoire qui nous permit de sortir de l’énigme à ce passionnant et si mal compris personnage romanesque du Tunnel d’Ernesto Sábato.

 

Nadezhda Gazmuri-Cherniak

 

 

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