CARMEN FLORENCE GAZMURI-CHERNIAK

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ALEXANDER SCRIABIN -JAEDEN IZIK-DZURKO – LE DIALOGUE AVEC LA MORT

9 septembre, 2026 (10:54) | Non classé

 

     

                ALEXANDER SCRIABIN

                 ÉTUDE OP. 8 N° 12 – IN D  DIÈSE MINOR

         PIANISTE : JAEDEN IZIK – DZURKO

  

                            SCRIABIN

 

                        DIALOGUE AVEC LA MORT

 

 

Il faut mettre à nu cette architecture musicale foudroyante — cette déclamation de six accords en crescendo tragique avec cet accent sur le dernier, tranché net par ce silence de noire, pour mieux propulser ce septième accord en ascendant — donne tout son sens à  ce : LE  DIALOGUE AVEC LA MORT.

L’implacable présence de la Mort s’impose et laisse déclamer sa défense de Vie au Poète-Musicien! Elle le laisse, elle reste en  retrait avec des notes sourdes, opaques, elle lui pose sa résistance !

La musique se confronte dans un face-à-face à une pensée métaphysique exposée de manière théâtrale et colorée, la mort est opaque et sourde,  c’est une confrontation dramatique où la pensée vacille, recule, puis revient en arrière sur elle-même. C’est précisément ce mouvement de recul et de ressassement de la pensée qui fait la description de son présent est sa volonté de « vivre » et sa nécessité de faire ce retour en arrière permanent.

Si un mot devait définir l’ensemble de cette expérience musicale, je ne peux que dire qu’un seul mot arrive à écarter toute intromission de la langue française, ce mot est sans appel : DESCUARTIZAR, parce qu’ici y a une lutte pour la vie, mais arrive l’agonie et La Mort a son dernier mot!

Dans une sphère académique rigide, il ne serait pas accepté une série de vocables tranchants que le français est incapable de donner, car l’espagnol tranche et écarte, et les mots sortis de la traduction française vous renvoient à un parallèle sémantique fait des synonymes qui a des détails qui ne vont pas concorder.

La  sémantique française est en dehors de la précision que sait donner l’espagnol et donne des significations déroutantes de « classement »philologique du mot DESCUARTIZAR. Le français donne une liste qui fait référence à une multitude de dérives et d’actions qui n’ont aucun rapport avec le mot DESCUARTIZAR appliqué dans l’exégèse de cette partition.

La traduction serait celle-ci pour ne donner que quelques-unes traduites à l’espagnol, faisant allusion aux supplices ou au langage scientifique :

DÉPECER, ÉCARTELER, ÉQUARRIR

Ce dont l’espagnol est très pur et circonscrit à la même signification

« littéraire »:

desmembrar

Despedazar

Cortar

Rajar

Trinchar

Trocear

trozar

 

LA PARTITION

 

 

Le Poète-Musicien commence à déclamer son récit à LA MORT en six accords qui sont par essence une affirmation impérative qui lui sert à accentuer son discours métaphysique pour, après le court silence de la noire, tomber dans le septième accord qui est celui qui reçoit la charge de la phrase, elle est son leitmotiv qui va vers le haut tout en accentuant sa déclamation tragique !

Cette déclamation théâtrale ne trouve chez LA MORT qu’un écho ironique, opaque que la main gauche répond en un compas  de doubles croches ces doubles do, fa et mi, pour une nette variation d’une note, rester, elle aussi dans la même phrase inchangée, c’est sa réponse au « musicien-poète! »

Lui, qui continue à faire un contrepoint coloré sans opposition, il persiste dans son affirmation vital et obstinée de VIE !

Le dialogue ne fleurit point, car il n’y a pas de possible dialogue avec la MORT et le poète le sait. Sa déclamation rejoint la couleur noire de l’accord final où la main droite est attrapée par la voix opaque et sourde de LA MORT qui fait de digue aux vagues tumultueuses de ses souvenances impératives.

Elles sont vaines… parce qu’elle est si sûre d’elle-même, elle se sait la plus puissante de l’univers, rien ne peut s’opposer à SA décision, les déclamations de LA VIE qui lui oppose le musicien-poète,  ne serviront à la paralyser dans son implacable besogne, le poète rétrocède musicalement, prenant le dernier leitmotiv musical en ascendant pour rejoindre la réponse de la main gauche qui l’attrape dans un dernier son sec et sombre.

Le leitmotiv fait un mouvement musical à l’envers!

Le temps est aussi un leitmotiv dans ces déroulements de doubles croches qui servent pour signaler le retour à la description du temps rétroactif.

Ce procédé fait que l’écriture poétique est la description condensée du temps, des souvenances décrites en forme de déclamative et théâtrale. L’accord du piano les intensifie avec ses insistances, avec des accents en un permanent crescendo sans aucune fioriture. La pédale reste dans une intensité sans amplitude chorale mais restant dans une force nue.

Le climax arrive quand c’est la dague qui arrive briser et attraper la déclamation qui va tomber écrasée sur le gel coupant.

 

                 L’INTERPRÉTATION PIANISTIQUE

 

                    DE JAEDEN IZIK-DZURKO

 

                           UNE NOUVEAUTÉ

 

La pédale n’est pas là pour faire rebondir en un son pianistique des échos fastueux comme d’autres pianistes commettent l’erreur qui insupporte le système nerveux.

Allons à l’essentiel.

Il faut savoir s’orienter, l’Art est un seul, les techniques changent et les modes d’exécution seront aussi divers que celles que chaque art impose.

Il sera aisé de ne pas confondre deux notions lexicales que les gens et les critiques confondent : le mot « ORIGINAL » avec le mot « NOUVEAU »

Le mot « original » nous renvoie aux « origines », ce qui, dans le cas qui nous intéresse ici  de faire l’exégèse de son art, serait un contresens complet et une démarche équivoque et déplacée.

Ce que ce pianiste a obtenu pour interpréter Alexander SCRIABIN est une « NOUVEAUTÉ PIANISTIQUE pour revêtir Scriabin de sa véritable essence métaphysique faite musique.

Jaeden IZIK-DZURKO est un jeune pianiste  qui doit être nommé un génie, un véritable démiurge qui a su imposer une nouveauté jamais faite par aucun pianiste auparavant. Il vient de l’imposer magistralement pour interpréter SCRIABIN

épuration complète, dans le toucher du clavier de manière forte et sans  que la pédale fasse un écho orchestral fastueux qui serait kitch et grossier… Il a su choisir la difficile sobriété coupante propre de la sensibilité russe à l’accent implacable des doigts sur le clavier avec un l’appui clair et sec.

Il faut dire que c’est uniquement grâce à son interprétation qui a su « lire le message » de SCRIABIN que cette exégèse a été possible, c’est lui qui dans ce feu de glace a dévoilé cette fulgurance musicale.

La déclamation  est faite de six accords pour en un court silence de noire donner en ascendant le septième ! La discussion trouve la réponse  toujours opaque et sourde et ironique de LA MORT. Elle ne discute point, elle est la digue musicale qui fait face aux tumultueuses phrases déclamatives qui  à la fin vont finir dans le crescendo final où le poète se précipite dans son dernier élan.

LA MORT a eu le dernier mot en un sombre accord final où se rejoint sans appel la main droite pour la taire! Lui, il insiste vers un crescendo tragique accentué, interposant des silences pour attaquer le clavier avec plus d’insistance, c’est l’agonie du poète-musicien dans le dernier coup de la main gauche.

La Mort l’attrape et lui arrache le dernier son finissant dans l’opacité de sa dernière note.

 

NADEZHDA

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