CARMEN FLORENCE GAZMURI-CHERNIAK

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MOZART DÉSINCARNÉ- L’ANGELO NECESSARIO DE MASSIMO CACCIARI

30 août, 2026 (12:01) | Non classé

 

 

     MOZART DÉSINCARNÉ

 

 

 

      L’ANGELO NECESSARIO – MASSIMO CACCIARI

 

 

À mes parents qui dès mes trois ans me donnèrent l’essentiel de l’art et de la Vie.

 

Chers lecteurs,

Les exégèses de la musique classique présentent deux tendances, la première est l’académique, elle est la plus répandue, qui se centre sur l’apport des puristes, l’analyse de dates, faits historiques où ces chercheurs possèdent leur lieu de privilège, la seconde laisse la place ouverte à la sensiblerie avec laquelle même les plus sérieux commentateurs ne peuvent pas réprimer la chute dans le sentimentalisme et la psychologie.

Toutes les formes d’art participent aux mêmes principes, ce qui change naturellement  ce sont les matériaux et la technique, mais il y a  un sérieux problème d’exégèse, c’est un demi-siècle d’absence de maîtres, ce qui a laissé la place à la confusion, et les seuls qui soient en capacité de tenir encore ces vérités esthétiques sont les interprètes eux-mêmes et quelques rares artistes qui font encore à leurs risques et périls de « l’art sérieux « -celui » qui a la forte intention de durer parmi les générations et les siècles comme œuvre éternelle. Mais arrêtons autant que nous le pouvons ces didascalies nécessaires.

 

La musique présente une difficulté extrême, sans l’interprète la partition reste inaudible. Quelle grandiose tâche, quelle rude mission a l’interprète pour rester fidèle à l’intention de l’auteur.

Je laisserai à la marge l’avalanche de jeunes interprètes robots qui gagnent les concours et ceux où l’égo des jeunes interprètes qui tuent le musicien-auteur déborde une dextérité qui passe sur la partition comme un bulldozer. Il faut l’expérience de vie et des années de conversation musicale avec les auteurs pour que la maturité laisse l ‘empreinte et fasse surgir la magie de la renaissance de la voix du mussicien créateur. C’est une folie prétendre qu’un enfant de onze ans pourra saisir le massage de l’au délai qi a laisse l’auteur dans chacune de ses notes, pour plus que les grands professeur lui enseignent la technique pour « interpréter » ce qu’ils ne savent pas encore, laisser les vérités sur le clavier.

 

HOROWITZ-MOZART

 

La palette d’un peintre exige toutes les couleurs, il fera sa sélection, il est absurde de demander à un peintre « quelle couleur animez-vous de plus? ».

Il se produit ce même phénomène pour notre étude de tout art, nous avons besoin de toute la chaîne d’écrivains, musiciens, peintres, sculpteurs et les autres créations qui les rejoignent, où nous devons placer nos interprètes car ils font « vivre » la partition.

Il est évident qu’il y aura droit de cité, notre préférence intime, nous avons notre jardin que nous cultivons par notre culture personnelle, nos expériences de vie, mais attention cet attachement intime ne doit pas prévaloir dans nos jugements esthétiques. Il est normal que cette, rigueur ne puisse pas exister chez le public qui n’a pas la trajectoire de toute une vie avec les auteurs, mais ce qu’il faut leur exiger, c’est une certaine « prudence » et ne pas se lancer à nous donner des leçons ex nihilo.

Je découvre par YouTube, merveilleux outil d’observation surtout de plaisir esthétique qui nous met en contact direct avec l’œuvre sans besoin d’un déplacement au concert si nos possibilités nous l’interdisent.

Je reprends ma réflexion, tous les interprètes de Mozart sont de premier ordre, et je tiens à vous donner ce matin ma pensée sur l’interprétation d’ HOROWITZ et à accentuer sur ce qui la rend unique et différente des autres. Une analyse esthétique n’est pas excluante et elle doit rester comme un apport de plus à la grande chaîne de la culture. Faire de l’exclusion appartient aux criminels de l’art.

 

Une exégèse n’est pas un jury des bourreaux comme ceux de l’administration française, une voie de véritable exégèse doit distinguer le vrai du faux, comparer et donner sa conclusion, or, sans respecter ces étapes de toute étude sérieuse, les dérives ne tarderont pas à nuire à l’essentiel.

 

LA TECHNIQUE

 

Le Mozart des la plupart des interprètes « tombent » dans les tonalités douceâtres, les croches et les semi-croches de Mozart sont tentantes, et offrent ce plus grand danger à l’interprète, car ses phrases faites de ritournelles, de répétition mélodique sont aussi un vrai danger difficile à éviter, la grammaire musicale de Mozart qui est aussi l’empreinte de son époque le pousse à lui-même à en faire usage, mais c’est là, dans le silence caché de la partition, que HOROWITZ a su trouver son interprétation exclusive.

Nous avons dû décortiquer cette technique pianistique pour saisir sa différence.

Je ne l’écoutais depuis une quarantaine d’années, j’étais plutôt en contact avec la Pires, experte dans les partitions de Mozart, et pareillement avec Marthe Argerich, mais je l’avoue, Horowitz est resté dans le silence des anciens disques de mes parents et des interprétations directes du piano de Maman, et le dialogue musical a pris fin définitivement dans mon foyer depuis 40 ans, donc c’est dans le silence sépulcral de mon foyer qu’hier soir j’eus un électrochoc quand je découvris, déjà en entrant dans la dernière étape de vie, que je suis en mesure de donner le résultat de cette écoute. Je crois qu’elle est la bonne.

Ce que je vais écrire n’a pas été facile.

Comme le dit Rilke, « tout ce qui est grave est difficile ».

Allons-y sans tarder.

Il y a chez Horowitz une transfiguration complète du Mozart.

Je connaissais ce concerto par cœur, mais joué par d’autres interprètes.

Il a construit toute son « interprétation » sur le refus complet de la séduction mélodique, alors il a dû redéfinir l’espace musical. Il a détaché les notes, il les a séparées encore plus sur un vide d’un millimètre, et c’est dans ce refus systématique de séparation volontaire par un « vide imperceptible » qu’il INVENTE un nouveau Mozart sculpté pour lui donner une forme de dureté qui n’avait jamais été donné dans les oeuvres de Mozart parce qu’ils pensent qui faut suivre la « douceur » et l’approfondir quand il faut faire le chemin à contresens !

Ce qui m’a frappé et que j’ai dû laisser se décanter toute la nuit de faux repos pour arriver à cette conclusion.

Horowitz sépare les notes en refusant le « legato » de sirop qui noie le message musical tant aimé des mentalités de salon et conformistes pour qui la musique est un « passe-temps » de distraction mondaine et non un aller volontaire vers une falaise existentielle où l’on risque la vie, et nous allons vers notre perte existentielle où chaque note nous fait basculer vers une découverte du tragique de l’Homme et des vérités éternelles.

Le tempo ralenti au paroxysme de Horowitz, ces micro-silences métaphysiques entre chaque touche du clavier sont un scalpel qui isole, réduit, donnant une tension qui doit être présente pareillement dans la littérature et la peinture comme dans toute autre forme d’art!, pas de joie, pas de compromissions, il a fait un travail de reconstruction formelle de Mozart.

Cette entité « immatérielle » est LE SUBLIME,  il l’arrache à toute présence humaine et lui ôte toute entité organique !

Cet épurement absolu fait basculer la partition dans une pureté angélique dépourvue de saveur douceâtre.

Le travail d’Horowitz est celui qui fait le peintre en créant son échafaudage structurel avant de faire sa toile. Il va démolir les habitudes d’écoute. Il est troublant et terrifiant, certes, la découverte du sublime, c’est le dévoilement de l’Angelo Necessario » ce manifeste  clé qu’il a écrit, doué d’une nouveauté philosophico-esthétique pour dire le sublime, cette théorie exposée par Massimo Cacciari vers lequel je dois me rendre encore pour  revivre …l’insaisissable…avec lequel se lie ce lien avec l’interprétation de Horowitz.

 

LA SECONDE DE SILENCE

 

Les trois principes de tout art, soit pour sa création ou pour son interprétation, sont : augmenter, réduire, supprimer.

Horowitz a opéré par soustraction.

Il a dépouillé la partition de sa chair.

Il nous expose un nouveau Mozart réduit à l’os.

Ce Mozart est inédit, il n’a jamais existé nulle part auparavant. C’est Horowitz qui l’a créé.

Il a refusé l’empathie de sa mélodie qui caractérise Mozart quand on le prend à la légère. Cette dureté n’avait jamais été imprimée dans l’interprétation.

Je n’ai pas fait la rencontre avec une nouvelle œuvre inconnue, un manuscrit caché qui nous est dévoilé dans notre contemporanéité, non, mais l’effet que fait son interprétation, c’est le même, je suis jetée devant un inconnu qui me la dénude, la vide,  la désosse !

Horowitz l’a saccagé de tout ce que mon tissu familier l’avait construite et la découverte m’a laissé devant cette impasse esthétique que je devais déchiffrer.

 

La frappe de Horowitz a donné un réveil violent et j’entendais les autres interprétations, celles que vous aussi vous avez l’habitude de côtoyer.

 

Son invention nous a donné un nouveau Mozart désincarné.

 

La création de l’ange doit l’être, l’ange n’a pas de corps, l’absence de chair ne s’obtient pas pour une construction lisse, au contraire, je vous ai dit qu’il fait parcourir et créer une voie au sens inverse.

Quand l’humain se retire, il reste la musique intacte, dans une impasse définitive et dès ce désert absolu de l’humain, la musique prend une « survie »en elle-même, mais pour conquérir cet espace musical, il fallait qu’Horowitz nous donne la désincarnation.

 

 

Carmen Florence GAZMURI-CHERNIAK

NADEZHDA

 

 

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